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	<title>Les périphériques vous parlent &#187; Arts et littératures</title>
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		<title>La condition œuvrière (art, travail et liberté), par Yovan Gilles</title>
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		<pubDate>Fri, 31 Mar 2017 15:43:33 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Arts et littératures]]></category>
		<category><![CDATA[Economie et Société]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
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		<description><![CDATA[Introduction à la publication sur le web de l’article La condition œuvrière de Yovan Gilles paru dans la revue Les périphériques vous parlent en 2006.   L’art est l’activité vivante qui confère un devenir au sujet dans la temporalité propre à une œuvre s&#8217;accomplissant dans quelque domaine que ce soit.   La proposition ces temps-ci [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><b><i>Introduction à la publication sur le web de l’article </i></b><b>La condition œuvrière<i> de Yovan Gilles paru dans la revue </i>Les périphériques vous parlent<i> en 2006.</i></b></span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><i>L’art est l’activité vivante qui confère un devenir au sujet dans la temporalité propre à une œuvre s&rsquo;accomplissant dans quelque domaine que ce soit.</i><i></i></span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">La proposition ces temps-ci d’un revenu de base a le mérite de chahuter un imaginaire social qui bien souvent amalgame le travail (l’activité humaine transformatrice et auto-transformatrice) à l’emploi (le statut), qui est encore perçu comme un contrat de subordination.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Que l’on soit pour ou contre cette proposition, elle invite, à vrai dire à porter un regard lucide  sur les évolutions actuelles du travail, qu’il s’agisse du travail humain ou de celui des machines : les mutations effectives avec de nouvelles formes de contractualisation, de rémunération et d’auto-organisation temporelle. Ces évolutions dérivent ou sont impulsées par la révolution digitale et numérique, robotique et l’automation.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Plus largement encore, si l’on considère un tel revenu inconditionnel, des analystes scientifiques s’accordent à dire que, tant que les individus tireront leurs revenus des activités professionnelles obligatoires, avec l’illimitation du travail que cela suppose, il sera impossible de lutter contre l’emballement climatique.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Parallèlement, le scandale moral que représenterait pour la majorité la rémunération universelle et sans contrepartie du « non-travail » attise la principale réticence, mais qui est loin d’être la seule. C’est d’ailleurs pour cela qu’un revenu similaire en 1989 devint un RMI avec une clause de conditionnalité d’insertion qui le rendît acceptable, avec son prolongement actuel mais rogné : le RSA.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">A vrai dire, plus que la « raréfaction » du travail, ce qui est menacé aujourd’hui et exposé à la précarité, n’est-ce pas plutôt  l’emploi salarié classique né du taylorisme ? N’est-ce pas aussi la mise en cause d’une domination &#8211; jadis sans partage &#8211; d’une organisation de la vie sociale fragmentée, segmentée et clivée entre espace du travail et des loisirs, chômage et vie active, production et consommation (compensation), privé et public, intime et collectif… ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Aujourd’hui, la part de réalisation et d’expression de soi, et d&rsquo;implication des personnes dans le travail autour d&rsquo;objets et d’horizons communs, apparaît de plus en plus désirable et nécessaire, et pas seulement dans le champ des professions qualifiées et « privilégiées ».</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">De la même façon, il est de plus en plus difficile pour l’individu d’être traité et perçu comme une ressource humaine, une utilité ou un corvéable à merci dans des contextes de travail où les spécificités s’affirment sur les spécialisations. C’est la personnalité humaine dans sa singularité qui s’accommode de plus en plus mal de sa dilution dans un travail qui serait purement fonctionnel, dont le mobile serait principalement les gratifications salariales, sans nier leur importance bien sûr.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Ces considérations  ouvrent aux prémices de ce que j’ai appelé la condition œuvrière (contraction d&rsquo;œuvre et d&rsquo;ouvrage).</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Le néologisme d’ouvrier exprime que l’activité artistique n’est pas réductible et imputable au seul secteur culturel : elle embrasse le travail humain lui-même. A la question : « qu’est-ce que l’art ? » Auguste Renoir répondait : « Je n’en sais absolument rien. En tous cas ce n’est pas un métier, c’est la manière personnelle et singulière d’exercer n’importe quel métier ». </span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">De semblable façon, Michel Foucault déplorait que, dans la perception diffuse de l’artistique, l’esthétique de l’objet occulte « l’esthétique du sujet ». Parler d’esthétique du sujet, c’est étendre la créativité à la vie sociale dans son ensemble. Cette manière transversale et décloisonnée de voir est hélas ! souvent mise à mal quand on parle en effet « des artistes ». Ces derniers auraient le monopole de la créativité, du moins en seraient les détenteurs électifs.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Ne faut-il pas s’étonner d’autre part que, lorsque nous évoquons la production, nous insistons sur le produit, et guère sur le sujet qui <i>le produit</i>. La production du produit se double d’une production du sujet dans une relation à l’autre.  Sur ce dernier aspect, sa relation devient à ce point si cruciale  – à notre insu même &#8211; que l’acronyme DRH muté en Direction des Relations Humaines, n’en serait que bénéfique et pertinent.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Depuis le 19<sup>ème</sup> siècle nous référons principalement le travail aux satiétés du ventre, au pouvoir d’achat qu’il autorise, à la dimension sacrificielle et moralisatrice du mérite et du commandement. Or, nos modes de production  sont parvenus aujourd’hui dans les pays industriels avancés (et ailleurs sous d’autres formes) à un tel point de sophistication, que nous aurions tort de négliger les opportunités qui s’offrent à nous pour, au contraire,  vivre et penser le travail d’une façon plus libératrice et vivante. </span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p><span style="font-size: medium;"><strong>Y.G.</strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-size: large;"><b>La condition <i>œuvrière</i> </b></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="font-size: medium;">Nous traversons un contexte où les menaces qui pèsent sur le droit social accusent la crise de sens qui frappe la valeur du travail et le travail comme valeur. Les espoirs placés dans la libération du travail salarié sous la forme d’un contrat de subordination, qu’ils soient illusoires ou fondés, n’en rendent que plus aiguë la question de la production de soi que l’activité artistique, par sa dimension émancipatrice, contribue à éclairer. </span></em></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><b>Le mont analogue &#8211; Alkhemia</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Fabulons, pour commencer. La montagne prodigieuse qui apparaît à l’aventurier en plein océan, à une heure indécise, par la grâce d’une certaine cambrure de l’espace et du temps, voilà l’obscur objet du roman de René Daumal <i>Le Mont Analogue</i>. De quoi le mont est-il l’analogue pour celui qui se met en quête de le toucher du regard, puis d’entreprendre de le gravir, après avoir accosté sur une île où des voyageurs venus des confins du monde échouent, dans l’écume des temps, à transformer leur désir en conquête? Pourtant, tous ces audacieux, tutoyant la mort, entre naufrage et découverte, s’y rejoignent comme dans un pays natal qui ne les a pas vu naître, mais qui les révèle à eux-mêmes en véritable <i>matrie</i> des œuvriers du vertige.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Imaginez une montagne, avoisinant le bleu du ciel, à la présence toute magnétique et dont nulle carte ne mentionne l’existence: un babel de rocs auréolé d’un enfumage glacé qui empêche d’en apercevoir le sommet; une cime qui aiguille en chacun le désir d’une ascension indéfinie dont le récit ne livre ni l’enchaînement ni le secret; une paroi incommensurable dont aucun homme n’a pu jauger l’altitude, mais qui néanmoins culmine dans une zone d’occultation géologique; un accident monumental de l’univers physique entraperçu fugacement à la faveur d’un pli dans la réalité océano-athmosphérique aux lueurs du crépuscule. </span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Daumal, à travers un roman dont l’inachèvement est allusif, fait un détour par l’alpinisme pour nous parler de l’art, dont il affirme qu’&nbsp;&raquo;il est l’accomplissement d’un savoir par une action&nbsp;&raquo;; un savoir qui ne peut être délié du corps et dont le motif est sans doute l’expérience de l’impossible. </span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">De même que le sommet du Mont Analogue s’éloigne à mesure qu’on l’approche, un Tyrolien remarquait que &laquo;&nbsp;plus on regarde un mot de près, plus il vous regarde de loin&nbsp;&raquo;,<i> </i>comme la cime s’estompant à proportion de l’effort débauché pour l’atteindre, sans espoir d’apogée. Et le mot art, à l’égal de l’activité qu’il dénote, sans doute plus qu’un autre. Ce qui, au demeurant, n’ôte rien à la précision sibylline de la formule de Daumal en ce qu’elle étend les applications de l’art et de la poésie bien au-delà du seul domaine de la production d’œuvres de l’esprit et de la sensibilité.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">C’est l’œuvre qui donne à l’art sa réalité. Une œuvre constitue à la fois un résultat, qui a valeur de preuve, et en même temps toujours une limite. Une limite, dans la mesure où le mouvement en elle de la créativité coagule, croit-on, en un produit achevé et stabilisé de l’esprit humain parvenu à ses fins.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Mais il n’en est rien. L’œuvre est l’essai indéfiniment tenté, la chance provoquée, l’investiture du hasard que dévoile, entre autres, un film comme <i>Le mystère Picasso</i> de Clouzot. Le spectateur y découvre le peintre au travail, introduit dans les coulisses d’un acte créateur en proie à des voltes ivres, suivant à la trace ce crayonnage instinctif, mais en même temps venu de loin. Le saisissement ressenti à la genèse de <i>l’œuvre se faisant</i> est suggéré par ce geste qui, débordé, se saborde, se déprend soudain d’une évidence trop plastiquement heureuse; la main, raturant alors, effaçant, semant un désordre à l’instant même ou notre attente intriguée misait sur une touche finale de Picasso.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><b>Autopoïèse</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Le procès de créativité lie sans qu’on puisse les dissocier la production de l’œuvre et la production de soi. C’est cependant une chose très mystérieuse à percevoir, de nature plus intuitive et ressentie que conceptuelle. Ce &laquo;&nbsp;soi&nbsp;&raquo; est très personnel et, en même temps, impersonnel. En tout cas, l’activité poétique<sup>1</sup> possède un caractère de transmutation qui, dans une obscurité entretenue, a notoirement culminé chez les thaumaturges de la Renaissance avec l’alchimie opérative. A toute opération sur la matérialité du monde correspond un analogue dans l’opérateur lui-même. C’est par là que les pratiques expérimentales créent des objets par lesquelles le sujet connaissant se transforme à son tour.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">De même que le monde objectif et matériel n’est pas un dehors dont il faudrait pénétrer les secrets et les lois, le sujet n’est pas non plus le lieu de l’intériorité, cette petite copule impénétrable du moi. Pourquoi? Parce que le dehors et le dedans, l’intérieur et l’extérieur ne constituent pas les données d’une séparation, mais les variables d’une co-évolution du monde et de la conscience. </span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">C’est ainsi, qu’au final, le sommet du Mont analogue est le seul à se dresser sur la terre que l’alpiniste des massifs organiques conquiert, sans jamais parvenir à se hisser à sa hauteur. Paradoxe? Le désir, à vrai dire, n’est jamais en mesure de s’atteindre lui-même. S’il y a un objet du désir, le sujet est toujours dépassé par cet objet, lequel ne cesse de le devancer. Cette frustration, il est vain de vouloir s’en débarrasser. Si elle n’était aussi mordante, l’individu ne serait pas poussé à en savoir et à en apprendre davantage, pour dépasser ce qu’il sait, là où le conduit une recherche inassouvie, pénétrant à chaque fois dans une lumière plus dense que la nuit.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">En parlant d’art et d’alpinisme, j’ai à l’esprit des questions concernant ce qu’on appelle le travail, le travail entendu comme production de soi, ce travail qu’on fait parce que, ne pas le faire, au-delà du calcul ou de la reconnaissance, c’est manquer un rendez-vous avec le désir. Une telle acception du travail est certainement, comme le Mont analogue, inaccessible aujourd’hui à la majorité des populations mises au travail. Elle n’est peut-être même pas recommandable et tout à fait contre-productive dans un contexte où le désir en politique a comme borne l’obligation supérieure faite aux mortels de &laquo;&nbsp;perpétuer l’espèce&nbsp;&raquo; (position atterrante exprimée récemment et le plus sérieusement du monde par un politique de renommée nationale qui faisait état de son hostilité au mariage entre homosexuels).</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Quoi qu’il en soit, on dit d&rsquo;un salarié/travailleur/employé qu&rsquo;il est &laquo;&nbsp;libre&nbsp;&raquo; en dehors de son temps de travail comme on l’affirmerait d&rsquo;un otage ou d&rsquo;un détenu. Cette tournure trahit la prépondérance de la contrainte au travail dans la vie sociale. Elle astreint l&rsquo;individu à trouver, sinon son bonheur, du moins du délassement, dans les interstices du loisir et des jours chômés comme, dans un ciel de plomb, les nuages laissent filtrer par intermittence des éclaircies avaricieuses. Cette condition apparaîtrait dans toute sa brutalité si elle n&rsquo;était vécue comme inhérente à la vie, comme le sont le cycle indéfectible des saisons ou la rotation de la terre autour du soleil.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Le destin du sujet reste de pourvoir à ses besoins en travaillant. Rien d’original à ce jour, même dans les pays dits &laquo;&nbsp;riches&nbsp;&raquo; qui, à défaut de connaître le don, pratiquent le gaspillage. On objectera que le travail, c’est autant de peine que de plaisir, même si ce plaisir enchaîne comme à une drogue. Mais quelle que soit la nature des buts qu’il sert, le sens et la valeur qu’il revêt à nos yeux, le travail a pour nous le visage de l’austérité, même si cette austérité est la source principale de notre légitimité à l’existence. Par lui, nous nous acquittons d’un devoir et, à moins de se mentir à soi-même, il ne laisse pas d’autre choix à la liberté que de négocier avec lui. Sauf à considérer le sort marginal de privilégiés bien nés, le non-travail est sanctionné par un dénuement qui flirte avec la déchéance et la mort sociale.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Travailler, c’est se rendre utile aux autres et à soi-même. Le salarié, en subvenant à sa survie, nous soulage de la charge que ferait peser sur nous son non-travail. Le travail des uns est de la sorte justifié par le préjudice coûteux que fait peser sur la société l’oisiveté des autres. La hargne avec laquelle on veut remettre les chômeurs au travail par tous les moyens possibles, y trouve son explication.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">C’est ainsi que le travail définit l’utilité sociale de la personne. Ce qui implique que le droit au travail a nécessairement pour corollaire un devoir d’employabilité qui, en garantissant la réciprocité du rapport contractuel au travail, scelle une souffrance en même temps qu’un pacte social qui, s’il n’existait pas, nous en convenons aisément, laisserait le champ libre à des fléaux sociaux plus intolérables encore. Autre paradoxe.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">En participant à la production de la richesse commune, l’individu bénéficie d’avantages qui le protègent en retour de l’insécurité salariale. Toutefois, et c’est là un litige politique d’envergure, chacun n’est pas égal devant la nécessité qui l’oblige à travailler. Et c’est bien sûr ce qu’occultent les ultralibéraux qui, convaincus que la vie est régulée par une concurrence aride pour la survie, procèdent à une mise en équation douteuse entre travail et réussite sociale qui n’a jamais marché tout en représentant un leurre persuasif à toute vélléité de sortie de la société salariale.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">On peut en discuter, mais le satyre Silène n’aurait pas désavoué l’idée d’une société vraiment juste qui permettrait à cent mille chômeurs (appelons-les les intermittents du désœuvrement), tirés au sort chaque année, de vivre rondement aux frais de la République et de la dépense publique. Nos institutions leur dispenseraient de quoi subvenir aux caprices de l’instant, on se montrerait indulgent pour les vices où les entraîne cette faveur. Une telle vacance stimulerait sans doute chez eux l’aptitude au non-travail qui est l’essence du vrai travail. Nous serions nombreux, au cas où une telle mesure était adoptée, à fêter l’avènement d’une société aristocratique populaire par rotation. Or il n’en est rien. Qui l’eût cru ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">A vrai dire, la majorité ne se résignerait pas au travail si cette contrainte ne s’accompagnait en même temps de la promesse de jouir de ses fruits dans un espace de réparation où profiter des récompenses qui gratifient les méritants et où, ce qui nous manque d’un côté est compensé par ce qu’on obtient de l’autre, permettant ainsi de supporter un sort qui n’est pas choisi.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Les grandes religions du salut, pour justifier les abstinences et les renoncements aux rondeurs de la vie, s’évertuent à signifier à la piétaille, que tout ce dont elle se prive, elle en jouira plus tard en accédant à un paradis dont la prodigalité valait bien la peine de la patience et du sacrifice. Le sacrifice raisonnable est consenti au nom d’un bonheur toujours différé, mais qui n’en procure pas moins un véritable pouvoir sur les autres dans le cadre de la vie sociale et qui, quand bien même nous jugeons qu’il est incapacitant du point de vue du désir, est cependant réel au regard des prérogatives qui lui sont attachées.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Et parce que, comme disait Guy Debord, &laquo;&nbsp;dans un monde renversé le vrai est un moment du faux&nbsp;&raquo;, le plaisir, quant à lui, participe également du travail ingrat. Mais à ceci près qu’il dérive d’une acceptation de la contrainte au travail pour des fins extérieures au travail lui-même, sous la forme de gratifications salariales qui nous dédommagent. Pourtant, la distinction entre le travail &laquo;&nbsp;aliénant&nbsp;&raquo; et le travail « choisi » est malaisée, j’y reviendrais, et demande à être nuancée dans la mesure où la subordination au travail est acceptée comme le symbole même des libertés qui en dépendent, chèrement acquises au demeurant, fruits de luttes, de rapports de forces mais aussi de compromis compromettants qu’on le veuille ou non.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><b>L’indécence du principe de plaisir</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Evoquer le plaisir dans un travail influence certainement la façon dont ce dernier est tenu pour sérieux. On peut préjuger que le travail artistique n&rsquo;est pas un vrai<i> </i>travail parce qu’on lui associe la liberté du jeu, l’expression de la sensibilité et la comédie des hasards. Il est des jeux plein d’innocuité et il en est de tragiques comme la guerre ou l’art. Ce dernier, à la différence de la guerre qui fait désespérément mal, nous donne la mesure d&rsquo;une liberté à conquérir; non la liberté sans épreuve qui, comme la joie, peut être imbécile, mais la liberté vacillante et fragile dérivant d’un rapport à l’obstacle surmonté ou déjoué. </span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Dans les mentalités, libérer l’homme du travail dénote une certaine disposition coupable au plaisir qui irrite les sensibilités à droite comme à gauche, pour des motifs différents du reste. Plus généralement, la suffisance d’un principe de plaisir est généralement exécrée dans une société où la pénibilité du travail représente le gage de sa valeur. Plus un emploi accable, plus le salaire de qui supporte cet effort est justifié, même quand le salaire misérable qui l’évalue en accuse l’insignifiance. Sans ignorer que le travail sous-qualifié, particulièrement florissant aujourd’hui, voue celui qui y est condamné à une détresse morale supplémentaire, accentuée par le mépris que la société contient mal pour les emplois dénués de valeur immatérielle à l’ère du &laquo;&nbsp;général intellect&nbsp;&raquo;.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">L’assiduité au travail martèle la bonne volonté de celui qui perçoit un salaire à la condition de le mériter. L’individu doit faire la preuve qu’il ne travaille pas pour se faire plaisir mais pour répondre aux attentes d’employeurs qui s’appliquent en plus à lui faire comprendre qu’ils lui rendent service parce que, dès lors qu’il fait partie des actifs, il s’acquitte justement du principal devoir qui conditionne le fait qu’il ait droit à des droits.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Cette question du plaisir n’est pas innocente. On peut débattre longuement sur la nature du plaisir. Il n’est pas étranger à la pulsion destructrice. Le plaisir éprouvé par le christ sur la croix n’est pas moins réel que celui des nouveaux martyrs qui se donnent à des mortifications explosives confinant à l’extase.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Le plaisir se fond aussi aux joies de la consommation et des gratifications salariales.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Mais, pour ce qui nous concerne, restons-en à la maxime qui énonce qu’<i>on ne travaille pas pour se faire plaisir</i>. Le plaisir apparente un travail au loisir. A titre d’exemple, les ponts d’or dont profitent les vedettes du sport et du show business creusent de façon spectaculaire le fossé qui sépare les <i>enrichis</i> et les <i>appauvris</i>. Les récriminations à l’encontre des capitaines d’industries et des patrons surpayés sont notoires aussi, mais à ceci près qu’elles relèvent pour les mouvements sociaux d’un débat sans arrière-pensée sur les inégalités de revenus et les injustices sociales qui en découlent. Dans le premier cas, le caractère choquant d’un enrichissement que rien ne saurait justifier réside dans la dimension ludique des activités que le haut salaire rétribue. L’opinion sous-entend par là que la marque du plaisir est sa gratuité exemplaire. D’où scandale, à moins que les sportifs honorent le drapeau national par des victoires qu’on exige d’eux de façon sommatoire. De même, les réticences de l’opinion à adhérer sans réserve à la lutte des intermittents du spectacle, à la différence de celles des agriculteurs, des sages femmes ou des victimes des plans sociaux dans l’industrie, tiennent essentiellement au fait que, tout ce qui touche à l’art pue l’encens du luxe, du superflu, de l’inutile. Cette idée reçue, sous-estimant par ailleurs la situation réelle d’un prolétariat poétique, encourage la sympathie pour des revendications catégorielles dont l’utilité sociale apparaît avec plus d’évidence que celle des « artistes ».       </span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Les modalités de vie qui président à la production non-utilitaire irritent, du moins tant que la société ne leur délivre pas une reconnaissance statutaire certifiée par un gain. Le travail subjectif inqualifiable, mais non pas non-qualifié, sera reconnu à partir du moment où il est récompensé par un salaire comme tout travail doit l’être pour être considéré.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Le salaire constitue aujourd’hui la principale raison sociale du travail tant que l’on assimile du moins travail et emploi. On se refusera à décerner le titre de profession à un travail non-rémunéré. Il est déclassé aussitôt au rang d’une activité dilettante. La notion de profession, en amalgamant souvent à tort statut et compétence, induit une appréciation sur la qualité du métier exercé. En réalité, elle révèle le dédain en laquelle est tenue l’activité non-rémunérée, même si ceux qui la font en pure perte, sont souvent capables de le faire avec le même, sinon davantage de professionnalisme, que les professionnels patentés. Ainsi, dans les mentalités, la caution morale que représente la valeur du travail/emploi prime sur le contenu de l’activité elle-même. La qualité et le sens d’un travail sont ainsi recouverts par la référence exclusive au revenu.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Une parenthèse à ce point. L’économie ne se préoccupe pas du néant de ses œuvres, la pétulance du vide s’y confond avec le cliquetis rageur des espèces sonnantes. A cela que l’exigence de croissance ne recule devant rien si elle aboutit à l’expansion indéfinie de services et de besoins trouvant acquéreurs. De la même manière que ce qui se vend ou fait vendre est devenu le critère de la moralité des affaires, n’importe quelle aptitude humaine doit être transformée en emploi. Lubies et hobbys se doivent de devenir lucratifs, et peu importe qu’ils déclinent des professions farfelues comme psychanalystes pour chats, <i>resocialisateurs</i> d&rsquo;animaux de compagnie, thérapeuthes orthophonistes pour végétaux ou galeristes spécialisés dans l’art excrémentiel… Au bout du compte, comme le souligne André Gorz, la personne est aujourd’hui incitée à se percevoir elle-même comme capital, de telle manière que l’autoexploitation de l’individu par lui-même remplace peu à peu l’exploitation du travail humain par le capital.<b> </b>Il s’agit là d’un détournement assez éloquent de la production de soi. Comme le dit encore André Gorz : « la production de soi a perdu son autonomie. Elle n&rsquo;a plus l&rsquo;épanouissement et la recréation de la personne pour but, mais la valorisation de son capital humain sur le marché du travail. Elle est commandée par les exigences de &laquo;&nbsp;l&rsquo;employabilité&nbsp;&raquo; dont les critères changeants s&rsquo;imposent à chacun. Voilà donc le travail de production de soi soumis à l&rsquo;économie, à la logique du capital. Il devient un travail comme un autre, assurant, à I&rsquo; égal de l&rsquo;emploi salarié, la reproduction des rapports sociaux capitalistes. Les entreprises ont trouvé là le moyen de faire endosser &laquo;&nbsp;l&rsquo;impératif de compétitivité&nbsp;&raquo; par les prestataires de travail, transformés en entreprises individuelles où chacun se gère lui-même comme son capital. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><b>La production de soi : une notion subversive et subvertie </b></span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Faire état d’un travail gouverné par le principe de plaisir et l’autre soumis au principe de réalité, ce n&rsquo;est pas opposer naïvement liberté individuelle et sujétion sociale. Rappelons ce paradoxe, à savoir qu’on se libère aussi du travail en travaillant. Opposer au travail contraint l’épanouissement personnel est un argument sans doute insuffisant s’il s’agit de formuler une pensée politique de la production de soi capable d’atténuer la domination du rapport salarial au travail. D’autant plus, qu’il paraît difficile à première vue de distinguer entre le travail aliéné aux buts de la société salariale et le travail qui en est libéré. La production de soi s’est déplacée aujourd’hui du travail vers la consommation, ce qui rend le problème encore plus épineux. Sans compter encore que, dans bien des cas, le travail contraint est préférable à l’angoisse éprouvée par l’individu en situation de non-emploi, car il demeure la source principale de l’estime de soi, la condition d’intégration au monde normal et le seul rempart à l’incertitude matérielle.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">La notion d’aliénation évoquée succinctement n’est plus guère en vogue dans les terminologies idéologiques actuelles. Elle est sans doute à manipuler avec précaution. Si elle a le sens de &laquo;&nbsp;céder sa liberté&nbsp;&raquo; en échange d’un avantage ou d’une soumission, on peut se montrer réservé quant à sa signification littérale et radicale: &laquo;&nbsp;devenir autre ou être étranger à soi-même&nbsp;&raquo;. Surtout si on a à l’esprit l’affirmation rimbaldienne &laquo;&nbsp;je est un autre&nbsp;&raquo; qui ouvre à la conscience des horizons qu’elle ne se reconnaît pas, mais qui la prolongent et la réalisent dans un rapport à l’altérité, l’autre qu’on découvre en soi et le soi qui n’existe que dans une relation à l’autre.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Tout ceci pour dire que la valeur &laquo;&nbsp;travail&nbsp;&raquo; est ambivalente en ce qu’elle en réfère à des réalités contrastées. En théorie comme en pratique, la production de soi pose des problèmes ardus dès qu’il s’agit de préciser la nature des alternatives qu&rsquo;elle offre concernant d’autres manières de vivre et de produire. Il faut reconnaître, dans la perspective ouverte par Hegel et Marx, que l’autopoïèse privilégie une valeur anthropologique et sociale du travail qui prime sur sa fonction économique en prenant ses distances avec la conception instrumentale du travail: le travail pour lequel je suis un moyen et qui est seulement un moyen pour moi.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Mais c’est à juste titre qu’Alain Caillé prévient du danger qu’il y aurait à percevoir la production de soi comme une forme d’autisme, d’assoupissement dans l’égoïsme, rejetant la valeur sociale d’un travail qui, même s’il est assujettissant, n’en permet pas moins la participation de l’individu à la vie de la cité par son pouvoir d’objectivation, empêchant ainsi la réclusion du sujet dans la sphère privée.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">La production de soi, dans sa formulation même, peut susciter des malentendus qu’il s’agit d’éclaircir tant il est exact que les attaques portées contre la société salariale peuvent alimenter des convictions glauques. Quand Christine Boutin élève une voix originale et dissonante sur la nécessité de statuer sur des activités socialement utiles qui inscrivent l’activité de la personne en dehors des critères de reconnaissance salariale, son analyse est pertinente, mais la nature des mesures qu’elle propose dévoilent vite l’inanité d’une pensée politique familialiste qui veut ramener les femmes au foyer, en rémunérant l’activité domestique dont le travail salarié les avait justement éloignées et libérées à sa manière tout au long du XX<sup>ème</sup> siècle.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">A ce point, je ferais plusieurs remarques.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">La première est que la production de soi ne se limite pas au domaine électif qu’on serait tenté de lui attribuer: l’art, l’artisanat ou les professions intellectuelles<sup>2</sup>. Elle désigne l’activité vivante qui confère un devenir au sujet dans la temporalité propre à une œuvre s&rsquo;accomplissant dans quelque domaine que ce soit. Dans les systèmes productifs, dont l’efficience repose sur l’hétéronomie, tout ce qui ne participe pas directement du travail fonctionnel attente au rendement et introduit de la discontinuité, risque qu’il faut prévenir par tous les moyens. Pour le salarié qui pointe, le travail condamne à l’attente du non-travail dont l’ennui en dilate interminablement la durée. Le rapport au temps est celui d’un soulagement concédé parcimonieusement par un régime d’obligations inflexibles.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Dans l&rsquo;activité artistique, à l’inverse, comme dans toute activité où comme dit Lacan « la fondation d’un savoir est que la jouissance de son exercice est la même que celle de son acquisition », le temps perdu n&rsquo;existe pas. Les produits enfantés par la créativité ont besoin de la discontinuité, de l’échec, du recommencement et de la latence comme autant de ressorts nécessaires à leur élaboration, un peu comme la valeur du silence en musique, lorsque la respiration muette prolonge le son en l’abolissant.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Autre remarque, l’augmentation du temps libre consécutive à la diminution du temps de travail est-elle aujourd’hui en mesure d’abattre les cadres de la société salariale traditionnelle? On peut en douter. La réduction du temps de travail représente un progrès social mais à la condition que, pour les mentalités, l’espace de vie en dehors du travail cesse de coïncider avec l’espace des loisirs. L’offre en loisirs apparaît, au contraire, comme une façon d’intégrer le temps libre à la société salariale, car ce temps, dont le tout-venant bénéficie, le prédestine en premier lieu aux pratiques de consommation. La formule &laquo;&nbsp;travailler moins pour vivre mieux&nbsp;&raquo; est censée traduire une aspiration légitime et profonde des salariés. Mais rien, dans les signes épars de cette aspiration au temps libre, n’augure d’un mode de vie en rupture avec la société salariale. Car la plupart des slogans qui cherchent à interpréter un rééquilibrage entre le temps de travail et le temps de vie tiennent pour acquise la négativité du travail en espérant seulement qu’on réussira à lui concilier un espace d’expression personnelle.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Il existe cependant une différence cruciale entre la tendance à vouloir disposer de davantage de loisirs et l&rsquo;aspiration à employer le temps libre à des activités que les individus font pour eux-mêmes; des activités suffisamment attrayantes que l’intérêt qu’elles leurs inspirent minimisent à leurs yeux l’importance des avantages qui découlent du travail/emploi. Cependant, les activités sur mesure que les individus se choisissent à la mesure d’un désir ou d’un talent peu conformes à des professions honorables recensées par le marché de l’emploi, demeurent à risque et exposées à la précarité. En plus, rien n’est fait aujourd’hui pour favoriser l’émergence d&rsquo;espaces de production, de recherche et d&rsquo;expérimentation constituant des opportunités pour des collectifs de promouvoir des formes de coopération autonomes et d’échanges informels selon des règles fixées par eux. On objectera que les œuvres associatives remplissent ce rôle. Mais le cadre associatif qui doit être réformé, où le bénévolat limite l’investissement personnel à une activité auxiliaire additionnée au travail légal, n’est guère en mesure de procurer un revenu substantiel et un statut social dignes de ce nom.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Le fait que, seule la rémunération dans le cadre contractuel de l’emploi définisse la valeur d’un travail, nie la pertinence de toute activité dont le salaire n’est pas l’efficace. A la suite, tout ce que l&rsquo;individu peut produire de lui-même, tout ce que le sentiment de sa propre liberté lui intime de faire ou de refuser de faire en dépit des conseils que des idéologies travaillistes diffuses lui prodiguent pour son bien, est ravalé au niveau d’une rêverie qui égare ou d&rsquo;une adolescence tumultueuse appelée de toute façon à rentrer dans le rang. Tout ce qu&rsquo;une vie recèle de talents inavoués, l&rsquo;embrasement d&rsquo;un élan vite stoppé par les calculs d’un plan de carrière, tout cela vaut peu par rapport à ce que chiffre la fiche de paye. Celle-ci, à chaque fin de mois, qualifie mon humanité en des termes si mesquins que beaucoup n’ont même plus la force d&rsquo;en rougir de honte.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Même si le pouvoir d&rsquo;achat sauve de la honte d&rsquo;être un pauvre, il reste à savoir si la nature du manque qui meut une vie humaine peut être circonscrite à travers l&rsquo;ensemble des besoins qui la déterminent en apparence à être ce qu&rsquo;elle est. Je crois, au contraire, que l’individu laisse subsister au cœur du système de verrouillage le plus affermi une indétermination et une turbulence qui expose ce dernier à la crise.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">La quête d’une gratification salariale dûment obtenue, dans la mesure où le salarié s&rsquo;acquitte de ses engagements avec l&rsquo;assiduité voulue par un employeur, n’a rien à voir avec la passion de qui travaille à perte, sans espoir d’un revenu ajusté au temps qu’il passe à une tâche qui a d’abord un sens à ses yeux. Pour la raison que ce qu’il fait et ce à quoi il voue son temps sans compter, suffisent à le rendre présent à lui-même et vivant pour les autres. On dira que c’est un luxe et cela l’est certainement. Mais ce luxe est si précieux: rien d’autre que la vie à vivre, que beaucoup n’hésitent pas à renoncer à un confort fastidieux en acceptant des conditions de vie qui, si elles sont moins reluisantes, leur permettent du moins de se consacrer à la production créatrice et autonome.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">Car la terreur douce du travail n’est-elle pas celle-là: la désagrégation de l&rsquo;individualité productrice, la cessation de la générosité créatrice par sa dilution dans l&rsquo;anonymat d&rsquo;une force de travail cherchant acquéreur?</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"> Yovan Gilles</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"> <span style="font-size: small;"><sup>1</sup>En Occident, de Blake à Hölderlin, de Lautréamont à Valéry et à Heidegger, les tentatives n’ont pas manqué pour sauver la poésie de conceptions navrantes qui bornent son influence à la pensée littéraire. Ils pressentaient à titre divers que la condition poétique enveloppe la condition humaine. Le poïéma ou poème, n&rsquo;est qu&rsquo;un substantif dérivé de la racine &laquo;&nbsp;poï&nbsp;&raquo; (faire) qui renvoie à la dimension pragmatique de la créativité évoquée par Daumal. Mais chez les Hellènes, la poïésis marque également la souveraineté de celui qui, parce qu’il crée quelque chose, échappant ainsi à la condition servile de qui est condamné à reconduire sa survie de jour en jour, peut se consacrer à l’essentiel, c’est-à-dire au superflu. C’est pour cela que la poïésis désigne le travail qui est création, le seul travail qui, pour les Grecs, valait la peine d’être entrepris et qui, pour cette raison, n’est plus un travail au sens du ponos, le travail pénible qui ne tire pas sa justification de lui-même.</span></span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"> <sup>2</sup>Au XIX<sup>ème</sup> siècle, lorsque le système des fabriques a substitué à la production sensible la mécanisation des tâches de production, la notion d’œuvre ou d’ouvrage s’efface progressivement pour laisser la place au produit manufacturé; l&rsquo;ouvrier fait sa révérence: il est devenu un travailleur. Aux corps de métiers se substituent les masses laborieuses. La classe ouvrière &#8211; la classe de ceux qui œuvrent &#8211; conservera de moins en moins cet héritage de la production de soi, du métier, de l&rsquo;art que l&rsquo;on dispense selon certaines règles et sous certaines conditions attenantes à l’éthique du métier.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: small;"> </span>                                             </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"> </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"> </span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>DARIO FO, 21 février 2014, Milano, a casa</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Apr 2014 12:37:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Les peripheriques vous parlent]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts et littératures]]></category>
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		<category><![CDATA[dario fo]]></category>
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		<description><![CDATA[Dario Fo va bien. A 87 ans, le prix Nobel de litt&#233;rature vient de terminer une tourn&#233;e en Italie avec un spectacle tir&#233; du livre de Franca Rame, son &#233;pouse : In fuga dal senato, livre qui relate son exp&#233;rience de s&#233;natrice au sein du gouvernement italien de 2006 &#224; 2008 et expliquant pourquoi elle [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><img class="alignleft" style="margin-left: 10px; margin-right: 10px;" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/-M1tCOfrpg0g/TsKk_I3bcrI/AAAAAAAADKQ/nNZymytTLqM/s320/dario+fo.jpg" width="207" height="256" />Dario Fo va bien. A 87 ans, le prix Nobel de litt&eacute;rature vient de terminer une tourn&eacute;e en Italie avec un spectacle tir&eacute; du livre de Franca Rame, son &eacute;pouse : In fuga dal senato, livre qui relate son exp&eacute;rience de s&eacute;natrice au sein du gouvernement italien de 2006 &agrave; 2008 et expliquant pourquoi elle a choisi de d&eacute;missionner. J&rsquo;ai rencontr&eacute; Dario Fo chez lui, &agrave; Milan, &agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;une visite amicale, il a voulu m&rsquo;exposer sa vision de la politique actuelle de l&rsquo;Italie en &eacute;voquant deux de ses acteurs embl&eacute;matiques : Matteo Renzi et Beppe Grillo.</em></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Dario Fo : </b>Pourquoi viens-tu me voir&nbsp;? De quoi veux-tu que l&rsquo;on parle&nbsp;?</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Agn&egrave;s Gauthier* : </b><i>Parle-moi de Renzi.</i></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Dario Fo : </b>Alors Renzi, la premi&egrave;re fois que je lai entendu parler, j ai vu en lui un &quot;bidonista&quot;. Tu sais ce que cela signifie ?!</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Agn&egrave;s Gauthier : </b><i>Oui, j&rsquo;ai vu le film de Fellini </i>Il Bidone<i>&#8230;</i></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Dario Fo : </b>C&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;a pas une ligne de conduite claire, qui a, sous une autre forme et dans un autre style, le m&ecirc;me langage que celui qu&rsquo;utilise Berlusconi, le m&ecirc;me fonctionnement politique&nbsp;; il promet, fait des discours qui le pr&eacute;servent, o&ugrave; il semble qu&rsquo;il&nbsp; va chambouler le monde et surtout, il attire l&rsquo;attention parce qu&rsquo;il attaque son propre parti. Il a dit qu&rsquo;il allait &quot;mettre &agrave; la casse&quot;, tu sais ce que cela signifie &quot;mettre &agrave; la casse&quot; : emmener de vieilles voitures chez quelqu&rsquo;un qui les r&eacute;duit &agrave; l&rsquo;Etat de d&eacute;bris, d&rsquo;&eacute;paves&nbsp;! Et puis &agrave; l&rsquo;inverse tu t&rsquo;aper&ccedil;ois qu&rsquo;en dix minutes, il change d&rsquo;id&eacute;e et propose autre chose. C&rsquo;est un h&acirc;bleur c&rsquo;est-&agrave;-dire quelqu&rsquo;un d&rsquo;habile &agrave; parler, &agrave; donner des nouvelles et surtout &agrave; communiquer sous des formes qui peuvent &ecirc;tre amusantes voire spirituelles ou provocatrices. Mais pour quelqu&rsquo;un comme moi qui fait ce m&eacute;tier d&rsquo;acteur, celui de communiquer et de produire la verit&eacute;, m&ecirc;me de fa&ccedil;on grotesque et satirique, eh bien je ressens tout de suite quand quelqu&rsquo;un est faux comme de la fausse monnaie.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Il a r&eacute;ussi en donnant l&rsquo;impression de tout balancer&nbsp;; c&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui ne dit pas la v&eacute;rit&eacute;, qui a l&rsquo;air de celui qui se fout de faire de la politique parce qu&rsquo;il y trouve son int&eacute;r&ecirc;t etc.&nbsp;Il a r&eacute;ussi &agrave; embarquer des jeunes, fatigu&eacute;s comme lui d&rsquo;un parti. Il est avant tout catholique et il est rentr&eacute; dans le parti d&eacute;mocrate &agrave; droite. Il y est entr&eacute; lorsque la d&eacute;mocratie chr&eacute;tienne s&rsquo;est &eacute;croul&eacute;e et il a alors choisi l&rsquo;exode. Pour aller o&ugrave;&nbsp;? Il y a eu ceux du centre de la droite effront&eacute;e qui sont all&eacute;s chez Berlusconi&nbsp;; lui est all&eacute; &agrave; gauche, la gauche telle qu&rsquo;elle est, qui devait &ecirc;tre la gauche et qui ne l&rsquo;est plus depuis longtemps. Alors il est entr&eacute; dans cette gauche et tout de suite, avec une impudence et surtout une fa&ccedil;on d&rsquo;affronter les probl&egrave;mes sans scrupules, il est all&eacute; rencontrer Berlusconi. Pourquoi est-il all&eacute; chez Berlusconi&nbsp;? Pour dire qu&rsquo;il est ouvert &agrave; tout et surtout &agrave; la possibilit&eacute; de g&eacute;rer le pays avec libert&eacute;, sans pr&eacute;jug&eacute;s, sans id&eacute;es pr&eacute;con&ccedil;ues car il n&rsquo;est pas communiste. C&rsquo;est tout de suite clair, il veut d&eacute;cider : &quot;Je viens d&rsquo;un parti qui a son histoire dans le communisme, qui na&icirc;t du communisme. Je suis ici pour renverser cette situation&nbsp;!&quot; Alors il est all&eacute; chez Berlusconi qui a toujours men&eacute; une politique qui disait &quot;&agrave; mort le communisme&quot; et qui a d&eacute;douan&eacute; les fascistes, comme on dit chez nous, car c&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui leur a permis de refaire surface. C&rsquo;est tellement vrai qu&rsquo;ils les a mis dans son chaudron, ce chaudron qui contient d&rsquo;autres partis, d&rsquo;autres petits groupes auxquels il a donn&eacute; une l&eacute;gitimit&eacute; en les rassemblant par sa victoire.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">De la m&ecirc;me fa&ccedil;on, il est all&eacute; voir Briatore, le dirigeant de l&rsquo;&eacute;quipe Benetton, de la formule 1. C&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui a r&eacute;ussi &agrave; s&rsquo;approprier les plus grands prix, en choisissant ses hommes. Il est sans scrupules et navigue en eaux troubles. Il fait commerce de tout sans se pr&eacute;occuper d&rsquo;o&ugrave; cela vient. Il a cr&eacute;&eacute; un grand espace dans une &icirc;le qu&rsquo;il a appel&eacute; &quot;le Milliardaire&quot;, entour&eacute; des personnages les plus ambigus de ce monde.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Il a &eacute;t&eacute; exclu du monde de l&rsquo;automobile car il a trich&eacute; en faisant perdre l&rsquo;un des siens au profit d&rsquo;un autre qu&rsquo;il a mis en t&ecirc;te du classement. C&rsquo;est quelqu&rsquo;un d&rsquo;ignoble, un gangster de l&rsquo;&eacute;conomie, et Renzi va prendre des le&ccedil;ons aupr&egrave;s de cet homme qui&nbsp; s&rsquo;adresse aux banquiers et aux banques&nbsp;! Alors quelle cr&eacute;dibilit&eacute; peut avoir quelqu&rsquo;un comme lui&nbsp;? Quelqu&rsquo;un qui &eacute;labore un programme, fait des promesses et puis les d&eacute;fait. Quelqu&rsquo;un qui se donne des airs, qui, fondamentalement n&rsquo;est pas clair. Non pas qu&rsquo;il veuille apprendre la m&eacute;chancet&eacute;, la fourberie, le manque de scrupules du monde industriel et commercial, mais il se dit &quot;Je suis jeune et je veux savoir. Je veux conna&icirc;tre le monde devant lequel je vais me retrouver&nbsp;!&quot; Mais ses enqu&ecirc;tes mettent tout de suite en alerte l&rsquo;opinion qui veille et se demande de quel c&ocirc;t&eacute; il est et ce qui l&rsquo;int&eacute;resse. C&rsquo;est tellement vrai, qu&rsquo;il a toujours soutenu, comme tous ceux de la gauche, qu&rsquo;il n&rsquo;irait jamais avec Berlusconi, jamais&nbsp;! Mais a un certain moment, &agrave; la demande du pr&eacute;sident de la R&eacute;publique italienne, qu&rsquo;a-t-il fait ? Il a accept&eacute; l&rsquo;id&eacute;e que Berlusconi, condamn&eacute; &agrave; six&nbsp;ans de prison avec une interdiction de faire de la politique, entre au gouvernement, bien que ce dernier ait affirm&eacute;&nbsp;: &quot;Je ne fais pas de politique, je reste en dehors, je peux avoir des id&eacute;es&#8230;&quot; Mais son groupe est toujours dans le gouvernement ! Ainsi, Renzi a permis &agrave; cette canaille d&rsquo;entrer dans un gouvernement tout simplement parce ce que lui-m&ecirc;me, Renzi, &eacute;tait le secr&eacute;taire du parti qui doit d&eacute;cider&nbsp;!</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">D&rsquo;o&ugrave; vient Renzi&nbsp;? D&rsquo;abord maire de Florence, il acc&egrave;de au grade de secr&eacute;taire du parti apr&egrave;s une comp&eacute;tition qui l&rsquo;a men&eacute; &agrave; la t&ecirc;te du parti d&eacute;mocrate, ex parti communiste. C&rsquo;est l&rsquo;homme des banques, des pouvoirs forts, qui s&rsquo;appuie et prend conseil aupr&egrave;s de grands patrons comme celui de la <i>Repubblica</i>, ce grand journal italien dont ce m&ecirc;me patron a &eacute;t&eacute; de tout temps l&rsquo;ennemi absolu de Berlusconi car Berlusconi l&rsquo;avait escroqu&eacute;, en corrompant des juges. Pour cela son avocat a &eacute;t&eacute; condamn&eacute; &agrave; sept ans de prison. Berlusconi s&rsquo;en est tir&eacute; en disant qu&rsquo;il n&rsquo;en savait rien, que cet avocat agissait pour son propre compte. Il faut une justice horrible comme la n&ocirc;tre et peu de conscience civique pour accepter une semblable version des faits, et le laisser libre. Berlusconi l&rsquo;homme de je ne sais combien de proc&egrave;s le dit lui-m&ecirc;me que ce sont tous des proc&egrave;s abusifs qui veulent nier sa personnalit&eacute;, que la gauche et les juges lui font violence, qu&rsquo;ils s&rsquo;en prennent &agrave; son aspect lib&eacute;ral et qu&rsquo;il faut l&rsquo;exclure parce que c&rsquo;est un homme qui a du succ&egrave;s&nbsp;! Mais le fait est qu&rsquo;en ce moment il est encore sous le coup d&rsquo;une dizaine de proc&egrave;s, pour deux d&rsquo;entre eux il a &eacute;t&eacute; condamn&eacute;, il attend celui concernant les jeunes filles. Actuellement un homme comme lui ne devrait plus avoir aucun espace politique. Pourtant, alors qu&rsquo;il a du d&eacute;missionner du S&eacute;nat, on l&rsquo;accepte&nbsp;! C&rsquo;est gr&acirc;ce &agrave; cet homme dont nous parlons, Renzi, qu&rsquo;au si&egrave;ge du parti d&eacute;mocrate, on parle, on &eacute;labore des programmes avec lui, avec ce d&eacute;linquant condamn&eacute; &agrave; six ans, qui ne va pas en prison parce qu&rsquo;il est trop vieux, comme le dit une loi qu&rsquo;il a promulgu&eacute; en calculant juste, une loi qui stipule qu&rsquo;&agrave; soixante treize ans on ne peut plus aller en prison. Il a invoqu&eacute; cette raison pour quitter les partis qui &eacute;taient dans la coalition car &agrave; un certain moment, il y a eu un soul&egrave;vement du mouvement &quot;Cinq Etoiles&quot; et alors, plut&ocirc;t que d&rsquo;&ecirc;tre une nouvelle fois condamn&eacute; par le S&eacute;nat et la Chambre des d&eacute;put&eacute;s, il a pr&eacute;f&eacute;r&eacute; jouer la sortie. Il sait que normalement il ne pourrait pas faire de la politique, il ne pourrait pas &ecirc;tre dans un gouvernement. Il l&rsquo;est parce que notre pays est anormal, qu&rsquo;on y fait des choses &eacute;pouvantables les unes apr&egrave;s les autres&hellip;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Que se passe-t-il maintenant&nbsp;? Renzi se retrouve avec un parti qui p&egrave;che un peu partout. Il a essay&eacute; d&rsquo;avoir un contact avec le mouvement &quot;Cinque Stelle&quot; et &quot;Cinque Stelle&quot; n&rsquo;a m&ecirc;me pas voulu discuter avec lui qui est le pr&eacute;sident, le pr&eacute;sident nomm&eacute; du gouvernement. C&rsquo;est un probl&egrave;me qui n&rsquo;a pas d&rsquo;issue car il est contraint &agrave; se d&eacute;placer de plus en plus &agrave; droite pour que le gouvernement tienne, encore plus que ce qui existait d&eacute;j&agrave; dans ce &quot;gouvernement des grandes ententes&quot;, comme nous l&rsquo;appelons chez nous. Maintenant il subit un chantage m&ecirc;me du plus petit parti qui a trois pour cent et qui veut trois si&egrave;ges. S&rsquo;il n&rsquo;agit pas, s&rsquo;il ne fait pas passer des lois qui soient dignes, tout saute&nbsp;! L&rsquo;&eacute;difice ne tient pas, il aura m&ecirc;me un vote de refus de son propre parti car jusqu&rsquo;&agrave; maintenant ils s&rsquo;en sont tenus &agrave; ses promesses&nbsp;! Lorsqu&rsquo;il a vu que Letta ne faisait rien et n&rsquo;avait rien fait d&rsquo;important, il en a profit&eacute; pour d&eacute;barquer &agrave; pieds joints&nbsp;: &quot;me voil&agrave;, c&rsquo;est r&eacute;gl&eacute;&nbsp;!&quot; Sauf que maintenant, il ne peut plus reculer, il ne peut plus plaisanter, m&ecirc;me si dans le gouvernement il a des serfs. Son probl&egrave;me est de prendre la direction du pays, d&rsquo;avoir une place, d&rsquo;avoir &quot;una cadrega&quot;, une chaise comme on dit chez nous, un lieu ou s&rsquo;asseoir &agrave; la Chambre des d&eacute;put&eacute;s et dans le gouvernement. Il n&rsquo;a pas d&rsquo;autre discours politique sinon celui d&rsquo;avoir un salaire, de se constituer son propre capital avec le risque d&rsquo;une paralysie totale qui m&egrave;ne tout de suite aux &eacute;lections. Sauf qu&rsquo;il les repousse et n&rsquo;a encore propos&eacute; aucune loi nouvelle. Nous sommes encore dans la vieille loi, c&rsquo;est ainsi, tout est l&agrave; : une trag&eacute;die&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;<b>Agn&egrave;s Gauthier : </b><em>Parle-moi de Grillo.</em></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Dario Fo : </b>Je vais tout te dire d&rsquo;un point de vue historique, bien clair. Grillo, je l&rsquo;ai connu au d&eacute;but de sa carri&egrave;re de comique, un comique satyrique qui donnait des spectacles ouverts. Il a eu un tr&egrave;s grand succ&egrave;s car c&rsquo;&eacute;tait un pol&eacute;miste, et surtout parce qu&rsquo;il r&eacute;ussissait &agrave; mettre les pieds dans le plat dans certaines histoires de corruption et d&rsquo;escroqueries, de malins d&eacute;cha&icirc;n&eacute;s. Que s&rsquo;est-il pass&eacute;&nbsp;? Il a quitt&eacute; la t&eacute;l&eacute;vision et d&egrave;s lors il a commenc&eacute; &agrave; travailler selon un engagement diff&egrave;rent. Il a r&eacute;alis&eacute; des spectacles dans lesquels il prenait pour cible les grands int&eacute;r&ecirc;ts des banques, ceux qui rusent avec l&rsquo;argent, les gens qui man&oelig;uvrent. C&rsquo;est le premier qui a mis en sc&egrave;ne et donc divulgu&eacute; la pr&eacute;sence de filous qui marchandaient et des banques qui volaient de fa&ccedil;on terrible l&rsquo;Etat et de petites villes, &agrave; tel point qu&rsquo;il a d&eacute;clench&eacute; des proc&egrave;s qui ont fait condamner les banques et leurs escroqueries. Puis naturellement il s&rsquo;en est pris &agrave; la partitocracie, qu&rsquo;il a attaqu&eacute;e dans des spectacles o&ugrave; il y avait quatre &agrave; cinq mille personnes. Il a eu un succ&egrave;s incroyable parce que naturellement il a cette force qui attire.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Je l&rsquo;ai connu avant qu&rsquo;explose ce grand succ&egrave;s. Nous avons m&ecirc;me fait des spectacles ensemble, des spectacles en soutien &agrave; la lutte contre des entreprises qui voulaient construire des incin&eacute;rateurs pour br&ucirc;ler les ordures avec tout ce que cela suppose comme nuisances pour la population et les champs alentours. Gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, nous avons r&eacute;ussi &agrave; bloquer la construction de ces incin&eacute;rateurs. Par l&rsquo;interm&eacute;diaire d&rsquo;un autre spectacle, nous avons emp&ecirc;ch&eacute; la destruction d&rsquo;un tr&egrave;s bel immeuble qui devait &ecirc;tre d&eacute;truit pour y installer une de ces entreprises qui produisent de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; provenant du charbon, alors qu&rsquo;ils affirmaient que ce n&rsquo;&eacute;tait pas le cas&hellip; mais c&rsquo;&eacute;tait des bobards&nbsp;! Bref nous avons toujours &eacute;t&eacute; tr&egrave;s proches, nous d&eacute;fendions les m&ecirc;mes choses avec Franca &eacute;galement. Grillo est comme Coluche&nbsp;: certaines fois, il massacrait tout, en &eacute;tant cependant attentif aux choses tr&egrave;s populaires. Mais Grillo ne parlait pas de certains sujets que la population n&rsquo;accepte pas comme la publicit&eacute; que faisait la ligue du Nord contre les &eacute;trangers qui viennent travailler ici. Il n&rsquo;en parlait pas et &eacute;vitait m&ecirc;me d&rsquo;en parler. Derni&egrave;rement lorsque nous nous sommes revus, j&rsquo;ai &eacute;crit un livre en collaboration avec son associ&eacute;, Casaleggio. Lis-le car tu y trouveras des choses. Par exemple, dans ce livre,&nbsp; je l&rsquo;ai attaqu&eacute; sur la position qu&rsquo;il a prise contre les &eacute;trangers&nbsp;; au lieu de s&rsquo;impliquer et de les aider, d&rsquo;avoir une attitude de g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; envers ces gens qui souffrent, qui paient des imp&ocirc;ts et qui sont une richesse pour l&rsquo;Etat etc. etc, et aussi sur d&rsquo;autres moments de dialogue avec les fascistes pour lesquels il a &eacute;t&eacute; critiqu&eacute;. En ce qui me concerne, j&rsquo;ai contest&eacute; ces id&eacute;es, je parle aussi de cela. C&rsquo;est un livre amusant. Tu y trouveras des choses m&eacute;connues sur ce Mouvement, sur la fa&ccedil;on de le concevoir, qui a eu une &eacute;norme croissance, un mouvement dont on a cherch&eacute; a comprendre pourquoi de ces trois pourcent au d&eacute;but il a explos&eacute; et a battu tous les autres partis. Il est devenu non seulement le premier parti d&rsquo;Italie, mais il a aussi remu&eacute; les consciences. Il a eu un d&eacute;veloppement ph&eacute;nom&eacute;nal, proprement italien me semble-t-il, comparable &agrave; celui de l&rsquo;extr&ecirc;me droite fran&ccedil;aise, qui a eu elle aussi vingt pour cent. Ce mouvement&nbsp; est profond&eacute;ment antifasciste, ceci est clair. C&rsquo;est &eacute;galement un moyen de conforter, m&ecirc;me si Grillo ne le reconna&icirc;t pas, l&rsquo;id&eacute;e r&eacute;volutionnaire de la gauche, pas celle de maintenant. Beaucoup de personnes ont quitt&eacute; le parti d&eacute;mocrate parce qu&rsquo;elles ont compris que l&agrave; il n&rsquo;y avait que des vendus et des menteurs, et ils font d&eacute;sormais partie de ce mouvement. D&egrave;s lors, les autres ont tout fait pour d&eacute;truire Grillo&nbsp;; ils ont commenc&eacute; &agrave; inventer des histoires &agrave; son propos, &agrave; le d&eacute;daigner en disant qu&rsquo;il est riche, qu&rsquo;il agit pour son propre int&eacute;r&ecirc;t etc&#8230; Mais Grillo a renvers&eacute; la situation en invitant les &eacute;lus de son parti &agrave; diviser leur salaire par deux, et a invit&eacute; la gauche &agrave; faire de m&ecirc;me, &agrave; refuser tous les privil&egrave;ges. La gauche non seulement n&rsquo;a rien fait et m&ecirc;me, de temps en temps, ils l&rsquo;insultent, disent qu&rsquo;il est spectateur, qu&rsquo;il ne fait rien qu&rsquo;il n&rsquo;entre pas dans l&rsquo;ar&egrave;ne. Il r&eacute;pond &agrave; cela&nbsp;: &quot;Lorsque vous agirez s&eacute;rieusement je viendrai tout de suite vous seconder&quot;. Jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent aucune loi sur ce qui est important n&rsquo;a &eacute;t&eacute; r&eacute;dig&eacute;e, comme par exemple, conc ernant le probl&egrave;me des lois sur la personne ou des lois sur les conflits d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts. M&ecirc;me la gauche ne l&rsquo;a pas fait car r&eacute;diger cette nouvelle loi &eacute;norme permettrait non seulement d&rsquo; &eacute;liminer un tas de gens, mais supprimerait aussi la loi qui permettait &agrave; ceux qui ont d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; condamn&eacute;s en premi&egrave;re instance de faire encore partie de leur groupe politique et d&rsquo;entrer au gouvernement. Cela fait partie de toutes les luttes de Grillo. Il doit r&eacute;ussir, d&eacute;montrer qu&rsquo;on peut le faire, que cela peut devenir r&eacute;alit&eacute;. Aujourd&rsquo;hui encore, il est tr&egrave;s pr&eacute;sent avec vingt trois pour cent des voix, malgr&eacute; ce qu&rsquo;on lui a fait.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Agn&egrave;s Gauthier : </b><i>Chez nous, Grillo est per&ccedil;u comme &eacute;tant populiste, l&rsquo;extr&ecirc;me droite en France gagne du terrain&nbsp;!</i></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Dario Fo : </b>Moins en Italie parce qu&rsquo;il y a Grillo. Il repr&eacute;sente la v&eacute;ritable fronti&egrave;re de r&eacute;sistance &agrave; ces formes d&rsquo;extr&eacute;misme. Il s&rsquo;empare de la col&egrave;re, du sentiment de d&eacute;sespoir et les transforme en actes en cr&eacute;ant un programme, une autre mani&egrave;re de concevoir les choses. Il a surtout attir&eacute; beaucoup de jeunes. C&rsquo;est m&ecirc;me le parti le plus jeune d&rsquo;Europe ! Lorsqu&rsquo;ils sont entr&eacute;s au gouvernement, on a dit&nbsp;: &quot;Que viennent t-ils faire&nbsp;? Ils ne savent rien, ils ne connaissent rien &agrave; la politique&nbsp;! &quot; Trois mois plus tard, ils avaient tout en t&ecirc;te, ils savaient tout, ils intervenaient sur les discours, faisaient des interventions dialectiques&hellip; Entre nous, il y en a qui se croient malins car exp&eacute;riment&eacute;s mais ces jeunes les battent parce qu&rsquo;ils ont appris la technique de l&rsquo;intervention sans jamais hurler, sans jamais insulter, sans jamais brutaliser l&rsquo;adversaire, et il le font vraiment parce qu&rsquo;ils savent, parce qu&rsquo;ils &eacute;tudient, parce qu&rsquo;ils s&rsquo;informent, parce qu&rsquo;ils vont au fond des probl&egrave;mes. Derni&egrave;rement ce sont les premiers &agrave; avoir d&eacute;nonc&eacute; les banques qui ont re&ccedil;u sept milliards en prime de l&rsquo;Etat et ensuite ils en ont fait une campagne, une campagne tr&egrave;s forte comme ils le font maintenant &agrave; propos de quelque chose d&rsquo;honteux. Le gouvernement a autoris&eacute; l&rsquo;ouverture de lieux ou l&rsquo;on pratique les jeux de hasard. En Italie, il y en a des milliers, voire des centaines de milliers. L&rsquo;Etat a permis &agrave; des entreprises d&rsquo;organiser cette sorte de vol envers les imb&eacute;ciles, les gens non inform&eacute;s qui esp&egrave;rent faire je ne sais quoi, d&rsquo;avoir la chance du bossu pour r&eacute;ussir &agrave; gagner etc. Et maintenant ce sont tous des sinistr&eacute;s, des familles enti&egrave;res ruin&eacute;es. Les centres culturels du parti communiste sont remplis de ces machines, elles ont tout envahi. A un certain moment ils se sont rendus compte que les entreprises qui recueillent l&rsquo;argent pour le redonner en partie &agrave; l&rsquo;Etat, ne l&rsquo;ont pas fait. Ils les ont attaqu&eacute;es mais elles n &lsquo;ont pas boug&eacute;. Les seuls &agrave; avoir d&eacute;nonc&eacute; cette escroquerie de l&rsquo;Etat croupier qui ruine les familles et avantage la mafia, sont ces jeunes du mouvement &quot;Cinque Stelle&quot;. Ils ont commenc&eacute; &agrave; aller &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du Parlement pour dire &agrave; la soci&eacute;t&eacute; que la mafia est l&agrave; dedans. Mais ils vont aussi dehors, dans les lieux perdus des banlieues, dans les petits villages, dans les lieux de d&eacute;ballage des grandes villes, comme ici, &agrave; Milan, o&ugrave; s&eacute;vit la mafia. Ils font un travail direct avec un engagement extraordinaire. C&rsquo;est l&agrave; que je te dis que le gros coup doit encore arriver. S&rsquo;ils continuent ainsi, &agrave; ce rythme, ils r&eacute;ussiront un grand coup politique&nbsp;!</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Agn&egrave;s Gauthier : </b>Merci Dario, Merci Dario&nbsp;!</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><em>*Enseignante en langue et culture italienne, j&rsquo;ai rencontr&eacute; Dario Fo en 1971. Etudiante &agrave; cette &eacute;poque, je l&rsquo;ai accompagn&eacute; en Italie en suivant ses premiers spectacles en tant qu&rsquo;associ&eacute;e interne au collectif &quot;La Comune&quot;. J&rsquo;ai contribu&eacute; &agrave; sa d&eacute;couverte en France et &agrave; sa venue par l&rsquo;interm&eacute;diaire de &quot; Dramaturgie&quot;&nbsp; au th&eacute;&acirc;tre de Chaillot en 1973 lors de la 1ere repr&eacute;sentation de &quot;Mistero Buffo&quot;. J&rsquo;ai traduis une partie de ce texte et accompagn&eacute; Dario chez les Lip, &agrave; Vincennes et lors de ses diff&eacute;rents d&eacute;bats. Depuis Je n&rsquo;ai cess&eacute; d&rsquo;avoir un contact avec Dario Fo et Franca Rame et assist&eacute;&nbsp; &agrave; plusieurs grands &eacute;v&egrave;nements dont l&rsquo;occupation de la palazzina Liberty &agrave; Milan jusqu&rsquo;&agrave; la derni&egrave;re repr&eacute;sentation &agrave; la Com&eacute;die Fran&ccedil;aise de Mistero Buffo en 2010. Nous nous sommes ainsi rencontr&eacute;s de nombreuses fois et une grande amiti&eacute; nous lie.&nbsp; A la mort de Franca Rame j&rsquo;ai &eacute;crit un texte que j&rsquo;ai fait parvenir &agrave; Dario Fo. J&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; ensuite d&rsquo;aller le voir &agrave; Milan. De l&agrave; est n&eacute;e cette interview sur la politique italienne, qu&rsquo;il a d&eacute;sir&eacute; me transmettre en l&rsquo;enregistrant et en me demandant de la publier en France.</em></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>
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