Commentaire Ateliers Corps et perception - 7/11/17

Ateliers Corps et perception 

 aux Temps du corps, 10 rue de l’Échiquier, 75010 Paris

 

Places limitées, inscription obligatoire au 01 40 05 05 67

 

Aujourd’hui la vue prend une place considérable du fait de l’invasion des écrans dans notre quotidien. Tout est centré sur la vision. Mais que se passe-t-il dans notre corps sans la vision ?

 

Cet atelier propose de développer la perception par les sens autres que la vue et de redécouvrir ainsi la partie quasi imperceptible des sens, inhibés par le déluge des sollicitations visuelles et auditives permanentes. Il s’agira également de dépasser les préjugés liés au handicap, de comprendre et éventuellement surmonter les peurs vis-à-vis du handicap et notamment de la cécité, d’adopter une attitude appropriée à l’égard des personnes non voyantes ou malvoyantes.

 

Les participants seront invités à vivre des situations sensorielles inédites, les yeux bandés :
• perceptions tactiles, toucher des matières, des objets, des sculptures, en percevoir les dimensions, les proportions et les volumes
• perceptions sonores, écoute, se repérer dans un espace grâce aux sons
• se déplacer, se mouvoir dans un espace donné qui comporte des obstacles
• écouter la description d’un tableau ou d’une photo : travailler les mots et les images intérieures (chaque personne créée des images mentales totalement différentes).

 

Ateliers le 13 octobre 2017 (de 18h30 à 21h30), le 19 novembre 2017 (de 14h30 à 17h30), le 19 janvier 2018 (de 18h30 à 21h30), le 10 mars 2018 (de 14h30 à 17h30), le 7 avril 2018 (de 14h30 à 17h30).

 

Ateliers animés par Laurent Scrive et l’équipe des Périphériques vous parlent.

 

Laurent Scrive : ancien chercheur dans le domaine des énergies, malvoyant suite à une dégénérescence en continu de la rétine, pratiquant de Qi Gong depuis plus de 20 ans. Une spécificité : l’humour.

 

Les périphériques vous parlent (équipe) : Federica Bertelli, Cristina Bertelli, Yovan Gilles. Depuis 25 ans cette association intervient dans le champs culturel et social à travers l’organisation d’événements, la productions d’outils pédagogiques et des formations.

 

Ateliers réalisés avec le soutien de la Mairie de Paris
-img-

 

 

Ateliers Corps et perception

Commentaire La condition œuvrière (art, travail et liberté), par Yovan Gilles - 31/03/17

Introduction à la publication sur le web de l’article La condition œuvrière de Yovan Gilles paru dans la revue Les périphériques vous parlent en 2006.

 

L’art est l’activité vivante qui confère un devenir au sujet dans la temporalité propre à une œuvre s’accomplissant dans quelque domaine que ce soit.

 

La proposition ces temps-ci d’un revenu de base a le mérite de chahuter un imaginaire social qui bien souvent amalgame le travail (l’activité humaine transformatrice et auto-transformatrice) à l’emploi (le statut), qui est encore perçu comme un contrat de subordination.

 

Que l’on soit pour ou contre cette proposition, elle invite, à vrai dire à porter un regard lucide  sur les évolutions actuelles du travail, qu’il s’agisse du travail humain ou de celui des machines : les mutations effectives avec de nouvelles formes de contractualisation, de rémunération et d’auto-organisation temporelle. Ces évolutions dérivent ou sont impulsées par la révolution digitale et numérique, robotique et l’automation.

 

Plus largement encore, si l’on considère un tel revenu inconditionnel, des analystes scientifiques s’accordent à dire que, tant que les individus tireront leurs revenus des activités professionnelles obligatoires, avec l’illimitation du travail que cela suppose, il sera impossible de lutter contre l’emballement climatique.

 

Parallèlement, le scandale moral que représenterait pour la majorité la rémunération universelle et sans contrepartie du « non-travail » attise la principale réticence, mais qui est loin d’être la seule. C’est d’ailleurs pour cela qu’un revenu similaire en 1989 devint un RMI avec une clause de conditionnalité d’insertion qui le rendît acceptable, avec son prolongement actuel mais rogné : le RSA.

 

A vrai dire, plus que la « raréfaction » du travail, ce qui est menacé aujourd’hui et exposé à la précarité, n’est-ce pas plutôt  l’emploi salarié classique né du taylorisme ? N’est-ce pas aussi la mise en cause d’une domination – jadis sans partage – d’une organisation de la vie sociale fragmentée, segmentée et clivée entre espace du travail et des loisirs, chômage et vie active, production et consommation (compensation), privé et public, intime et collectif… ?

 

Aujourd’hui, la part de réalisation et d’expression de soi, et d’implication des personnes dans le travail autour d’objets et d’horizons communs, apparaît de plus en plus désirable et nécessaire, et pas seulement dans le champ des professions qualifiées et « privilégiées ».

 

De la même façon, il est de plus en plus difficile pour l’individu d’être traité et perçu comme une ressource humaine, une utilité ou un corvéable à merci dans des contextes de travail où les spécificités s’affirment sur les spécialisations. C’est la personnalité humaine dans sa singularité qui s’accommode de plus en plus mal de sa dilution dans un travail qui serait purement fonctionnel, dont le mobile serait principalement les gratifications salariales, sans nier leur importance bien sûr.

 

Ces considérations  ouvrent aux prémices de ce que j’ai appelé la condition œuvrière (contraction d’œuvre et d’ouvrage).

 

Le néologisme d’ouvrier exprime que l’activité artistique n’est pas réductible et imputable au seul secteur culturel : elle embrasse le travail humain lui-même. A la question : « qu’est-ce que l’art ? » Auguste Renoir répondait : « Je n’en sais absolument rien. En tous cas ce n’est pas un métier, c’est la manière personnelle et singulière d’exercer n’importe quel métier ». 

 

De semblable façon, Michel Foucault déplorait que, dans la perception diffuse de l’artistique, l’esthétique de l’objet occulte « l’esthétique du sujet ». Parler d’esthétique du sujet, c’est étendre la créativité à la vie sociale dans son ensemble. Cette manière transversale et décloisonnée de voir est hélas ! souvent mise à mal quand on parle en effet « des artistes ». Ces derniers auraient le monopole de la créativité, du moins en seraient les détenteurs électifs.

 

Ne faut-il pas s’étonner d’autre part que, lorsque nous évoquons la production, nous insistons sur le produit, et guère sur le sujet qui le produit. La production du produit se double d’une production du sujet dans une relation à l’autre.  Sur ce dernier aspect, sa relation devient à ce point si cruciale  – à notre insu même – que l’acronyme DRH muté en Direction des Relations Humaines, n’en serait que bénéfique et pertinent.

 

Depuis le 19ème siècle nous référons principalement le travail aux satiétés du ventre, au pouvoir d’achat qu’il autorise, à la dimension sacrificielle et moralisatrice du mérite et du commandement. Or, nos modes de production  sont parvenus aujourd’hui dans les pays industriels avancés (et ailleurs sous d’autres formes) à un tel point de sophistication, que nous aurions tort de négliger les opportunités qui s’offrent à nous pour, au contraire,  vivre et penser le travail d’une façon plus libératrice et vivante. 

 

Y.G.

 

La condition œuvrière

 

Nous traversons un contexte où les menaces qui pèsent sur le droit social accusent la crise de sens qui frappe la valeur du travail et le travail comme valeur. Les espoirs placés dans la libération du travail salarié sous la forme d’un contrat de subordination, qu’ils soient illusoires ou fondés, n’en rendent que plus aiguë la question de la production de soi que l’activité artistique, par sa dimension émancipatrice, contribue à éclairer. 

 

Le mont analogue – Alkhemia

 

Fabulons, pour commencer. La montagne prodigieuse qui apparaît à l’aventurier en plein océan, à une heure indécise, par la grâce d’une certaine cambrure de l’espace et du temps, voilà l’obscur objet du roman de René Daumal Le Mont Analogue. De quoi le mont est-il l’analogue pour celui qui se met en quête de le toucher du regard, puis d’entreprendre de le gravir, après avoir accosté sur une île où des voyageurs venus des confins du monde échouent, dans l’écume des temps, à transformer leur désir en conquête? Pourtant, tous ces audacieux, tutoyant la mort, entre naufrage et découverte, s’y rejoignent comme dans un pays natal qui ne les a pas vu naître, mais qui les révèle à eux-mêmes en véritable matrie des œuvriers du vertige.

 

Imaginez une montagne, avoisinant le bleu du ciel, à la présence toute magnétique et dont nulle carte ne mentionne l’existence: un babel de rocs auréolé d’un enfumage glacé qui empêche d’en apercevoir le sommet; une cime qui aiguille en chacun le désir d’une ascension indéfinie dont le récit ne livre ni l’enchaînement ni le secret; une paroi incommensurable dont aucun homme n’a pu jauger l’altitude, mais qui néanmoins culmine dans une zone d’occultation géologique; un accident monumental de l’univers physique entraperçu fugacement à la faveur d’un pli dans la réalité océano-athmosphérique aux lueurs du crépuscule. 

 

Daumal, à travers un roman dont l’inachèvement est allusif, fait un détour par l’alpinisme pour nous parler de l’art, dont il affirme qu’ »il est l’accomplissement d’un savoir par une action »; un savoir qui ne peut être délié du corps et dont le motif est sans doute l’expérience de l’impossible.

 

De même que le sommet du Mont Analogue s’éloigne à mesure qu’on l’approche, un Tyrolien remarquait que « plus on regarde un mot de près, plus il vous regarde de loin », comme la cime s’estompant à proportion de l’effort débauché pour l’atteindre, sans espoir d’apogée. Et le mot art, à l’égal de l’activité qu’il dénote, sans doute plus qu’un autre. Ce qui, au demeurant, n’ôte rien à la précision sibylline de la formule de Daumal en ce qu’elle étend les applications de l’art et de la poésie bien au-delà du seul domaine de la production d’œuvres de l’esprit et de la sensibilité.

 

C’est l’œuvre qui donne à l’art sa réalité. Une œuvre constitue à la fois un résultat, qui a valeur de preuve, et en même temps toujours une limite. Une limite, dans la mesure où le mouvement en elle de la créativité coagule, croit-on, en un produit achevé et stabilisé de l’esprit humain parvenu à ses fins.

 

Mais il n’en est rien. L’œuvre est l’essai indéfiniment tenté, la chance provoquée, l’investiture du hasard que dévoile, entre autres, un film comme Le mystère Picasso de Clouzot. Le spectateur y découvre le peintre au travail, introduit dans les coulisses d’un acte créateur en proie à des voltes ivres, suivant à la trace ce crayonnage instinctif, mais en même temps venu de loin. Le saisissement ressenti à la genèse de l’œuvre se faisant est suggéré par ce geste qui, débordé, se saborde, se déprend soudain d’une évidence trop plastiquement heureuse; la main, raturant alors, effaçant, semant un désordre à l’instant même ou notre attente intriguée misait sur une touche finale de Picasso.

 

Autopoïèse

 

Le procès de créativité lie sans qu’on puisse les dissocier la production de l’œuvre et la production de soi. C’est cependant une chose très mystérieuse à percevoir, de nature plus intuitive et ressentie que conceptuelle. Ce « soi » est très personnel et, en même temps, impersonnel. En tout cas, l’activité poétique1 possède un caractère de transmutation qui, dans une obscurité entretenue, a notoirement culminé chez les thaumaturges de la Renaissance avec l’alchimie opérative. A toute opération sur la matérialité du monde correspond un analogue dans l’opérateur lui-même. C’est par là que les pratiques expérimentales créent des objets par lesquelles le sujet connaissant se transforme à son tour.

 

De même que le monde objectif et matériel n’est pas un dehors dont il faudrait pénétrer les secrets et les lois, le sujet n’est pas non plus le lieu de l’intériorité, cette petite copule impénétrable du moi. Pourquoi? Parce que le dehors et le dedans, l’intérieur et l’extérieur ne constituent pas les données d’une séparation, mais les variables d’une co-évolution du monde et de la conscience. 

 

C’est ainsi, qu’au final, le sommet du Mont analogue est le seul à se dresser sur la terre que l’alpiniste des massifs organiques conquiert, sans jamais parvenir à se hisser à sa hauteur. Paradoxe? Le désir, à vrai dire, n’est jamais en mesure de s’atteindre lui-même. S’il y a un objet du désir, le sujet est toujours dépassé par cet objet, lequel ne cesse de le devancer. Cette frustration, il est vain de vouloir s’en débarrasser. Si elle n’était aussi mordante, l’individu ne serait pas poussé à en savoir et à en apprendre davantage, pour dépasser ce qu’il sait, là où le conduit une recherche inassouvie, pénétrant à chaque fois dans une lumière plus dense que la nuit.

 

En parlant d’art et d’alpinisme, j’ai à l’esprit des questions concernant ce qu’on appelle le travail, le travail entendu comme production de soi, ce travail qu’on fait parce que, ne pas le faire, au-delà du calcul ou de la reconnaissance, c’est manquer un rendez-vous avec le désir. Une telle acception du travail est certainement, comme le Mont analogue, inaccessible aujourd’hui à la majorité des populations mises au travail. Elle n’est peut-être même pas recommandable et tout à fait contre-productive dans un contexte où le désir en politique a comme borne l’obligation supérieure faite aux mortels de « perpétuer l’espèce » (position atterrante exprimée récemment et le plus sérieusement du monde par un politique de renommée nationale qui faisait état de son hostilité au mariage entre homosexuels).

 

Quoi qu’il en soit, on dit d’un salarié/travailleur/employé qu’il est « libre » en dehors de son temps de travail comme on l’affirmerait d’un otage ou d’un détenu. Cette tournure trahit la prépondérance de la contrainte au travail dans la vie sociale. Elle astreint l’individu à trouver, sinon son bonheur, du moins du délassement, dans les interstices du loisir et des jours chômés comme, dans un ciel de plomb, les nuages laissent filtrer par intermittence des éclaircies avaricieuses. Cette condition apparaîtrait dans toute sa brutalité si elle n’était vécue comme inhérente à la vie, comme le sont le cycle indéfectible des saisons ou la rotation de la terre autour du soleil.

 

Le destin du sujet reste de pourvoir à ses besoins en travaillant. Rien d’original à ce jour, même dans les pays dits « riches » qui, à défaut de connaître le don, pratiquent le gaspillage. On objectera que le travail, c’est autant de peine que de plaisir, même si ce plaisir enchaîne comme à une drogue. Mais quelle que soit la nature des buts qu’il sert, le sens et la valeur qu’il revêt à nos yeux, le travail a pour nous le visage de l’austérité, même si cette austérité est la source principale de notre légitimité à l’existence. Par lui, nous nous acquittons d’un devoir et, à moins de se mentir à soi-même, il ne laisse pas d’autre choix à la liberté que de négocier avec lui. Sauf à considérer le sort marginal de privilégiés bien nés, le non-travail est sanctionné par un dénuement qui flirte avec la déchéance et la mort sociale.

 

Travailler, c’est se rendre utile aux autres et à soi-même. Le salarié, en subvenant à sa survie, nous soulage de la charge que ferait peser sur nous son non-travail. Le travail des uns est de la sorte justifié par le préjudice coûteux que fait peser sur la société l’oisiveté des autres. La hargne avec laquelle on veut remettre les chômeurs au travail par tous les moyens possibles, y trouve son explication.

 

C’est ainsi que le travail définit l’utilité sociale de la personne. Ce qui implique que le droit au travail a nécessairement pour corollaire un devoir d’employabilité qui, en garantissant la réciprocité du rapport contractuel au travail, scelle une souffrance en même temps qu’un pacte social qui, s’il n’existait pas, nous en convenons aisément, laisserait le champ libre à des fléaux sociaux plus intolérables encore. Autre paradoxe.

 

En participant à la production de la richesse commune, l’individu bénéficie d’avantages qui le protègent en retour de l’insécurité salariale. Toutefois, et c’est là un litige politique d’envergure, chacun n’est pas égal devant la nécessité qui l’oblige à travailler. Et c’est bien sûr ce qu’occultent les ultralibéraux qui, convaincus que la vie est régulée par une concurrence aride pour la survie, procèdent à une mise en équation douteuse entre travail et réussite sociale qui n’a jamais marché tout en représentant un leurre persuasif à toute vélléité de sortie de la société salariale.

 

On peut en discuter, mais le satyre Silène n’aurait pas désavoué l’idée d’une société vraiment juste qui permettrait à cent mille chômeurs (appelons-les les intermittents du désœuvrement), tirés au sort chaque année, de vivre rondement aux frais de la République et de la dépense publique. Nos institutions leur dispenseraient de quoi subvenir aux caprices de l’instant, on se montrerait indulgent pour les vices où les entraîne cette faveur. Une telle vacance stimulerait sans doute chez eux l’aptitude au non-travail qui est l’essence du vrai travail. Nous serions nombreux, au cas où une telle mesure était adoptée, à fêter l’avènement d’une société aristocratique populaire par rotation. Or il n’en est rien. Qui l’eût cru ?

 

A vrai dire, la majorité ne se résignerait pas au travail si cette contrainte ne s’accompagnait en même temps de la promesse de jouir de ses fruits dans un espace de réparation où profiter des récompenses qui gratifient les méritants et où, ce qui nous manque d’un côté est compensé par ce qu’on obtient de l’autre, permettant ainsi de supporter un sort qui n’est pas choisi.

 

Les grandes religions du salut, pour justifier les abstinences et les renoncements aux rondeurs de la vie, s’évertuent à signifier à la piétaille, que tout ce dont elle se prive, elle en jouira plus tard en accédant à un paradis dont la prodigalité valait bien la peine de la patience et du sacrifice. Le sacrifice raisonnable est consenti au nom d’un bonheur toujours différé, mais qui n’en procure pas moins un véritable pouvoir sur les autres dans le cadre de la vie sociale et qui, quand bien même nous jugeons qu’il est incapacitant du point de vue du désir, est cependant réel au regard des prérogatives qui lui sont attachées.

Et parce que, comme disait Guy Debord, « dans un monde renversé le vrai est un moment du faux », le plaisir, quant à lui, participe également du travail ingrat. Mais à ceci près qu’il dérive d’une acceptation de la contrainte au travail pour des fins extérieures au travail lui-même, sous la forme de gratifications salariales qui nous dédommagent. Pourtant, la distinction entre le travail « aliénant » et le travail « choisi » est malaisée, j’y reviendrais, et demande à être nuancée dans la mesure où la subordination au travail est acceptée comme le symbole même des libertés qui en dépendent, chèrement acquises au demeurant, fruits de luttes, de rapports de forces mais aussi de compromis compromettants qu’on le veuille ou non.

 

L’indécence du principe de plaisir

 

Evoquer le plaisir dans un travail influence certainement la façon dont ce dernier est tenu pour sérieux. On peut préjuger que le travail artistique n’est pas un vrai travail parce qu’on lui associe la liberté du jeu, l’expression de la sensibilité et la comédie des hasards. Il est des jeux plein d’innocuité et il en est de tragiques comme la guerre ou l’art. Ce dernier, à la différence de la guerre qui fait désespérément mal, nous donne la mesure d’une liberté à conquérir; non la liberté sans épreuve qui, comme la joie, peut être imbécile, mais la liberté vacillante et fragile dérivant d’un rapport à l’obstacle surmonté ou déjoué. 

 

Dans les mentalités, libérer l’homme du travail dénote une certaine disposition coupable au plaisir qui irrite les sensibilités à droite comme à gauche, pour des motifs différents du reste. Plus généralement, la suffisance d’un principe de plaisir est généralement exécrée dans une société où la pénibilité du travail représente le gage de sa valeur. Plus un emploi accable, plus le salaire de qui supporte cet effort est justifié, même quand le salaire misérable qui l’évalue en accuse l’insignifiance. Sans ignorer que le travail sous-qualifié, particulièrement florissant aujourd’hui, voue celui qui y est condamné à une détresse morale supplémentaire, accentuée par le mépris que la société contient mal pour les emplois dénués de valeur immatérielle à l’ère du « général intellect ».

 

L’assiduité au travail martèle la bonne volonté de celui qui perçoit un salaire à la condition de le mériter. L’individu doit faire la preuve qu’il ne travaille pas pour se faire plaisir mais pour répondre aux attentes d’employeurs qui s’appliquent en plus à lui faire comprendre qu’ils lui rendent service parce que, dès lors qu’il fait partie des actifs, il s’acquitte justement du principal devoir qui conditionne le fait qu’il ait droit à des droits.

 

Cette question du plaisir n’est pas innocente. On peut débattre longuement sur la nature du plaisir. Il n’est pas étranger à la pulsion destructrice. Le plaisir éprouvé par le christ sur la croix n’est pas moins réel que celui des nouveaux martyrs qui se donnent à des mortifications explosives confinant à l’extase.

 

Le plaisir se fond aussi aux joies de la consommation et des gratifications salariales.

 

Mais, pour ce qui nous concerne, restons-en à la maxime qui énonce qu’on ne travaille pas pour se faire plaisir. Le plaisir apparente un travail au loisir. A titre d’exemple, les ponts d’or dont profitent les vedettes du sport et du show business creusent de façon spectaculaire le fossé qui sépare les enrichis et les appauvris. Les récriminations à l’encontre des capitaines d’industries et des patrons surpayés sont notoires aussi, mais à ceci près qu’elles relèvent pour les mouvements sociaux d’un débat sans arrière-pensée sur les inégalités de revenus et les injustices sociales qui en découlent. Dans le premier cas, le caractère choquant d’un enrichissement que rien ne saurait justifier réside dans la dimension ludique des activités que le haut salaire rétribue. L’opinion sous-entend par là que la marque du plaisir est sa gratuité exemplaire. D’où scandale, à moins que les sportifs honorent le drapeau national par des victoires qu’on exige d’eux de façon sommatoire. De même, les réticences de l’opinion à adhérer sans réserve à la lutte des intermittents du spectacle, à la différence de celles des agriculteurs, des sages femmes ou des victimes des plans sociaux dans l’industrie, tiennent essentiellement au fait que, tout ce qui touche à l’art pue l’encens du luxe, du superflu, de l’inutile. Cette idée reçue, sous-estimant par ailleurs la situation réelle d’un prolétariat poétique, encourage la sympathie pour des revendications catégorielles dont l’utilité sociale apparaît avec plus d’évidence que celle des « artistes ».       

 

Les modalités de vie qui président à la production non-utilitaire irritent, du moins tant que la société ne leur délivre pas une reconnaissance statutaire certifiée par un gain. Le travail subjectif inqualifiable, mais non pas non-qualifié, sera reconnu à partir du moment où il est récompensé par un salaire comme tout travail doit l’être pour être considéré.

 

Le salaire constitue aujourd’hui la principale raison sociale du travail tant que l’on assimile du moins travail et emploi. On se refusera à décerner le titre de profession à un travail non-rémunéré. Il est déclassé aussitôt au rang d’une activité dilettante. La notion de profession, en amalgamant souvent à tort statut et compétence, induit une appréciation sur la qualité du métier exercé. En réalité, elle révèle le dédain en laquelle est tenue l’activité non-rémunérée, même si ceux qui la font en pure perte, sont souvent capables de le faire avec le même, sinon davantage de professionnalisme, que les professionnels patentés. Ainsi, dans les mentalités, la caution morale que représente la valeur du travail/emploi prime sur le contenu de l’activité elle-même. La qualité et le sens d’un travail sont ainsi recouverts par la référence exclusive au revenu.

 

Une parenthèse à ce point. L’économie ne se préoccupe pas du néant de ses œuvres, la pétulance du vide s’y confond avec le cliquetis rageur des espèces sonnantes. A cela que l’exigence de croissance ne recule devant rien si elle aboutit à l’expansion indéfinie de services et de besoins trouvant acquéreurs. De la même manière que ce qui se vend ou fait vendre est devenu le critère de la moralité des affaires, n’importe quelle aptitude humaine doit être transformée en emploi. Lubies et hobbys se doivent de devenir lucratifs, et peu importe qu’ils déclinent des professions farfelues comme psychanalystes pour chats, resocialisateurs d’animaux de compagnie, thérapeuthes orthophonistes pour végétaux ou galeristes spécialisés dans l’art excrémentiel… Au bout du compte, comme le souligne André Gorz, la personne est aujourd’hui incitée à se percevoir elle-même comme capital, de telle manière que l’autoexploitation de l’individu par lui-même remplace peu à peu l’exploitation du travail humain par le capital. Il s’agit là d’un détournement assez éloquent de la production de soi. Comme le dit encore André Gorz : « la production de soi a perdu son autonomie. Elle n’a plus l’épanouissement et la recréation de la personne pour but, mais la valorisation de son capital humain sur le marché du travail. Elle est commandée par les exigences de « l’employabilité » dont les critères changeants s’imposent à chacun. Voilà donc le travail de production de soi soumis à l’économie, à la logique du capital. Il devient un travail comme un autre, assurant, à I’ égal de l’emploi salarié, la reproduction des rapports sociaux capitalistes. Les entreprises ont trouvé là le moyen de faire endosser « l’impératif de compétitivité » par les prestataires de travail, transformés en entreprises individuelles où chacun se gère lui-même comme son capital. »

 

La production de soi : une notion subversive et subvertie

 

Faire état d’un travail gouverné par le principe de plaisir et l’autre soumis au principe de réalité, ce n’est pas opposer naïvement liberté individuelle et sujétion sociale. Rappelons ce paradoxe, à savoir qu’on se libère aussi du travail en travaillant. Opposer au travail contraint l’épanouissement personnel est un argument sans doute insuffisant s’il s’agit de formuler une pensée politique de la production de soi capable d’atténuer la domination du rapport salarial au travail. D’autant plus, qu’il paraît difficile à première vue de distinguer entre le travail aliéné aux buts de la société salariale et le travail qui en est libéré. La production de soi s’est déplacée aujourd’hui du travail vers la consommation, ce qui rend le problème encore plus épineux. Sans compter encore que, dans bien des cas, le travail contraint est préférable à l’angoisse éprouvée par l’individu en situation de non-emploi, car il demeure la source principale de l’estime de soi, la condition d’intégration au monde normal et le seul rempart à l’incertitude matérielle.

 

La notion d’aliénation évoquée succinctement n’est plus guère en vogue dans les terminologies idéologiques actuelles. Elle est sans doute à manipuler avec précaution. Si elle a le sens de « céder sa liberté » en échange d’un avantage ou d’une soumission, on peut se montrer réservé quant à sa signification littérale et radicale: « devenir autre ou être étranger à soi-même ». Surtout si on a à l’esprit l’affirmation rimbaldienne « je est un autre » qui ouvre à la conscience des horizons qu’elle ne se reconnaît pas, mais qui la prolongent et la réalisent dans un rapport à l’altérité, l’autre qu’on découvre en soi et le soi qui n’existe que dans une relation à l’autre.

 

Tout ceci pour dire que la valeur « travail » est ambivalente en ce qu’elle en réfère à des réalités contrastées. En théorie comme en pratique, la production de soi pose des problèmes ardus dès qu’il s’agit de préciser la nature des alternatives qu’elle offre concernant d’autres manières de vivre et de produire. Il faut reconnaître, dans la perspective ouverte par Hegel et Marx, que l’autopoïèse privilégie une valeur anthropologique et sociale du travail qui prime sur sa fonction économique en prenant ses distances avec la conception instrumentale du travail: le travail pour lequel je suis un moyen et qui est seulement un moyen pour moi.

 

Mais c’est à juste titre qu’Alain Caillé prévient du danger qu’il y aurait à percevoir la production de soi comme une forme d’autisme, d’assoupissement dans l’égoïsme, rejetant la valeur sociale d’un travail qui, même s’il est assujettissant, n’en permet pas moins la participation de l’individu à la vie de la cité par son pouvoir d’objectivation, empêchant ainsi la réclusion du sujet dans la sphère privée.

 

La production de soi, dans sa formulation même, peut susciter des malentendus qu’il s’agit d’éclaircir tant il est exact que les attaques portées contre la société salariale peuvent alimenter des convictions glauques. Quand Christine Boutin élève une voix originale et dissonante sur la nécessité de statuer sur des activités socialement utiles qui inscrivent l’activité de la personne en dehors des critères de reconnaissance salariale, son analyse est pertinente, mais la nature des mesures qu’elle propose dévoilent vite l’inanité d’une pensée politique familialiste qui veut ramener les femmes au foyer, en rémunérant l’activité domestique dont le travail salarié les avait justement éloignées et libérées à sa manière tout au long du XXème siècle.

 

A ce point, je ferais plusieurs remarques.

 

La première est que la production de soi ne se limite pas au domaine électif qu’on serait tenté de lui attribuer: l’art, l’artisanat ou les professions intellectuelles2. Elle désigne l’activité vivante qui confère un devenir au sujet dans la temporalité propre à une œuvre s’accomplissant dans quelque domaine que ce soit. Dans les systèmes productifs, dont l’efficience repose sur l’hétéronomie, tout ce qui ne participe pas directement du travail fonctionnel attente au rendement et introduit de la discontinuité, risque qu’il faut prévenir par tous les moyens. Pour le salarié qui pointe, le travail condamne à l’attente du non-travail dont l’ennui en dilate interminablement la durée. Le rapport au temps est celui d’un soulagement concédé parcimonieusement par un régime d’obligations inflexibles.

 

Dans l’activité artistique, à l’inverse, comme dans toute activité où comme dit Lacan « la fondation d’un savoir est que la jouissance de son exercice est la même que celle de son acquisition », le temps perdu n’existe pas. Les produits enfantés par la créativité ont besoin de la discontinuité, de l’échec, du recommencement et de la latence comme autant de ressorts nécessaires à leur élaboration, un peu comme la valeur du silence en musique, lorsque la respiration muette prolonge le son en l’abolissant.

 

Autre remarque, l’augmentation du temps libre consécutive à la diminution du temps de travail est-elle aujourd’hui en mesure d’abattre les cadres de la société salariale traditionnelle? On peut en douter. La réduction du temps de travail représente un progrès social mais à la condition que, pour les mentalités, l’espace de vie en dehors du travail cesse de coïncider avec l’espace des loisirs. L’offre en loisirs apparaît, au contraire, comme une façon d’intégrer le temps libre à la société salariale, car ce temps, dont le tout-venant bénéficie, le prédestine en premier lieu aux pratiques de consommation. La formule « travailler moins pour vivre mieux » est censée traduire une aspiration légitime et profonde des salariés. Mais rien, dans les signes épars de cette aspiration au temps libre, n’augure d’un mode de vie en rupture avec la société salariale. Car la plupart des slogans qui cherchent à interpréter un rééquilibrage entre le temps de travail et le temps de vie tiennent pour acquise la négativité du travail en espérant seulement qu’on réussira à lui concilier un espace d’expression personnelle.

 

Il existe cependant une différence cruciale entre la tendance à vouloir disposer de davantage de loisirs et l’aspiration à employer le temps libre à des activités que les individus font pour eux-mêmes; des activités suffisamment attrayantes que l’intérêt qu’elles leurs inspirent minimisent à leurs yeux l’importance des avantages qui découlent du travail/emploi. Cependant, les activités sur mesure que les individus se choisissent à la mesure d’un désir ou d’un talent peu conformes à des professions honorables recensées par le marché de l’emploi, demeurent à risque et exposées à la précarité. En plus, rien n’est fait aujourd’hui pour favoriser l’émergence d’espaces de production, de recherche et d’expérimentation constituant des opportunités pour des collectifs de promouvoir des formes de coopération autonomes et d’échanges informels selon des règles fixées par eux. On objectera que les œuvres associatives remplissent ce rôle. Mais le cadre associatif qui doit être réformé, où le bénévolat limite l’investissement personnel à une activité auxiliaire additionnée au travail légal, n’est guère en mesure de procurer un revenu substantiel et un statut social dignes de ce nom.

 

Le fait que, seule la rémunération dans le cadre contractuel de l’emploi définisse la valeur d’un travail, nie la pertinence de toute activité dont le salaire n’est pas l’efficace. A la suite, tout ce que l’individu peut produire de lui-même, tout ce que le sentiment de sa propre liberté lui intime de faire ou de refuser de faire en dépit des conseils que des idéologies travaillistes diffuses lui prodiguent pour son bien, est ravalé au niveau d’une rêverie qui égare ou d’une adolescence tumultueuse appelée de toute façon à rentrer dans le rang. Tout ce qu’une vie recèle de talents inavoués, l’embrasement d’un élan vite stoppé par les calculs d’un plan de carrière, tout cela vaut peu par rapport à ce que chiffre la fiche de paye. Celle-ci, à chaque fin de mois, qualifie mon humanité en des termes si mesquins que beaucoup n’ont même plus la force d’en rougir de honte.

 

Même si le pouvoir d’achat sauve de la honte d’être un pauvre, il reste à savoir si la nature du manque qui meut une vie humaine peut être circonscrite à travers l’ensemble des besoins qui la déterminent en apparence à être ce qu’elle est. Je crois, au contraire, que l’individu laisse subsister au cœur du système de verrouillage le plus affermi une indétermination et une turbulence qui expose ce dernier à la crise.

 

La quête d’une gratification salariale dûment obtenue, dans la mesure où le salarié s’acquitte de ses engagements avec l’assiduité voulue par un employeur, n’a rien à voir avec la passion de qui travaille à perte, sans espoir d’un revenu ajusté au temps qu’il passe à une tâche qui a d’abord un sens à ses yeux. Pour la raison que ce qu’il fait et ce à quoi il voue son temps sans compter, suffisent à le rendre présent à lui-même et vivant pour les autres. On dira que c’est un luxe et cela l’est certainement. Mais ce luxe est si précieux: rien d’autre que la vie à vivre, que beaucoup n’hésitent pas à renoncer à un confort fastidieux en acceptant des conditions de vie qui, si elles sont moins reluisantes, leur permettent du moins de se consacrer à la production créatrice et autonome.

 

Car la terreur douce du travail n’est-elle pas celle-là: la désagrégation de l’individualité productrice, la cessation de la générosité créatrice par sa dilution dans l’anonymat d’une force de travail cherchant acquéreur?

 

 Yovan Gilles

 

 1En Occident, de Blake à Hölderlin, de Lautréamont à Valéry et à Heidegger, les tentatives n’ont pas manqué pour sauver la poésie de conceptions navrantes qui bornent son influence à la pensée littéraire. Ils pressentaient à titre divers que la condition poétique enveloppe la condition humaine. Le poïéma ou poème, n’est qu’un substantif dérivé de la racine « poï » (faire) qui renvoie à la dimension pragmatique de la créativité évoquée par Daumal. Mais chez les Hellènes, la poïésis marque également la souveraineté de celui qui, parce qu’il crée quelque chose, échappant ainsi à la condition servile de qui est condamné à reconduire sa survie de jour en jour, peut se consacrer à l’essentiel, c’est-à-dire au superflu. C’est pour cela que la poïésis désigne le travail qui est création, le seul travail qui, pour les Grecs, valait la peine d’être entrepris et qui, pour cette raison, n’est plus un travail au sens du ponos, le travail pénible qui ne tire pas sa justification de lui-même.

 

 2Au XIXème siècle, lorsque le système des fabriques a substitué à la production sensible la mécanisation des tâches de production, la notion d’œuvre ou d’ouvrage s’efface progressivement pour laisser la place au produit manufacturé; l’ouvrier fait sa révérence: il est devenu un travailleur. Aux corps de métiers se substituent les masses laborieuses. La classe ouvrière – la classe de ceux qui œuvrent – conservera de moins en moins cet héritage de la production de soi, du métier, de l’art que l’on dispense selon certaines règles et sous certaines conditions attenantes à l’éthique du métier.

                                              

 

 

Commentaire Blog d’un écologue : avril 2016 - 28/04/16

 

Créateurs de diversités

Toutes les sortes d’écosystèmes existent grâce à la diversité des espèces animales et végétales, toutes les sortes d’espèces prospèrent via des écosystèmes perpétuellement renouvelés, les uns comme les autres étant en forte osmose.

Les zostères sont des plantes à fleurs, vivant le long des côtes tempérées et tropicales, qui se reproduisent soit par multiplication d’organes souterrains appelés rhizomes, soit par production de minuscules graines.

Dans la baie de Chesapeake (côte Est des USA), entres autres, ces dernières sont consommées par divers animaux aquatiques qui en excrètent une partie intacte plus loin.

C’est ainsi que les poissons-globes les rejettent en moyenne à 55 mètres d’où ils les ont mangées, les tortues-diamants à 1 500 mètres, les fuligules (des canards plongeurs) à 15 000 mètres, etc., assurant aux zostères une expansion régulière… et s’assurant pour eux-mêmes de nouvelles zones de nourrissage.

A l’intérieur des forêts tropicales, les arthropodes (mille-pattes, araignées, …) contribuent à former de l’humus avec des champignons microscopiques.

Ceux-ci déploient leurs filaments, en moyenne 260 kg/ha, sous forme de grands réseaux qui décomposent les feuilles mortes et fournissent aussi nourriture, logis et voies de communication aux arthropodes, tout cela permettant le maintien de la diversité sylvestre.

Le processus est en partie inverse au cœur du parc naturel de la Sierra Nevada, dans la région de Grenade en Espagne.

En effet, mulots et souris excrètent peu de graines intactes des chênes verts, pins, etc. qu’ils consomment, ce qui a pour conséquence de faire apparaître peu à peu un autre écosystème, la garrigue, à la place des forêts encore présentes actuellement.

Erreur de la nature?

Non, évolution vers un écosystème végétal plus apte à tirer parti du réchauffement climatique : ajoncs, romarin, chèvrefeuille, buis, genévriers, euphorbes, etc. dont se composent les garrigues sont effectivement davantage en phase avec des sécheresses répétées que les essences d’arbres peuplant ces contrées depuis longtemps.

Sans compter que la garrigue fournit aux rongeurs un habitat plus protecteur face à leurs prédateurs : mulots et souris n’ignorent pas ce qu’ils font en digérant complètement la majorité des graines d’arbres désormais indésirables.

Comment faire lorsque l’on ne dispose pas d’éléphants pour répandre des graines végétales ?

Réponse : on fait appel à des poissons.

Dans la jungle amazonienne, dépourvue de pachydermes, les gramitana, proches des piranhas quoique essentiellement frugivores, accomplissent les mêmes tâches que les éléphants ailleurs.

Chacun d’entre eux excrète chaque semaine 3 000 graines intactes de 22 essences d’arbres différentes à 5,4 km de l’endroit où il les a ingérées, soit la même distance parcourue par les éléphants au moment de leurs excrétions.

 

Sources :

- Study reveals that animals contribute to seagrass dispersal, www.phys.org, 19 décembre 2012

- Invisible fungi crucial for rainforest diversity, www.phys.org, 21 décembre 2011

- Overfished Amazon fish disperse seeds long distances, www.phys.org, 19 avril 2011

- Small rodents encourage the formation of scrubland in Spain, www.phys.org, 27 août 2009

 

 

Travaillez, travaillez, et pollution vous aurez

« Ce n’est pas parce qu’il y a du smog que les Londoniens travaillent, c’est parce que les Londoniens travaillent qu’il y a du smog. »

Cette citation du dramaturge irlandais Oscar Wilde remonte aux années 1890.

Aujourd’hui, elle concerne l’ensemble de la planète via la pollution atmosphérique.

En moyenne, les jours non travaillés sur la terre se traduisent par une diminution de 37,5 % de la concentration atmosphérique des divers oxydes d’azote émis par :

- L’emploi de combustibles fossiles pour produire de l’électricité ;

- Les transports terrestres et aériens ;

- Les épandages d’engrais ;

etc…

C’est ainsi, entre autres, que ces journées sont davantage ensoleillées en Espagne et qu’en Israël les vendredis dans les cités arabes et les samedis dans les villes juives sont beaucoup moins pollués.

Quant aux sulfates issus des oxydes d’azote, ils ne proviennent pas seulement des activités professionnelles locales : en Californie, par exemple, 1/4 d’entre ceux présents toute l’année dans l’atmosphère a pour origine des fabrications chinoises destinées à la consommation américaine, alors que leur part dans la pollution atmosphérique de la côte Est des Etats-Unis a diminué du fait de ces mêmes transferts de fabrication.

Les augmentations du chômage ont pour corollaires des baisses concomitantes de concentration de monoxyde de carbone et de dioxyde d’azote dans l’ensemble de l’atmosphère terrestre : pour ne citer qu’un exemple, respectivement -17 % et -12 % en Californie entre 2006 et 2010 lorsque le chômage y est passé de 5 % à 12 %.

Par ailleurs, la croissance de la pollution atmosphérique les jours travaillés favorisent aussi, entre autres phénomènes météorologiques extrêmes,  la survenance de tornades plus violentes et plus mortelles ces journées-là.

Dans le sud-est des USA, entre 1995 et 2009, de minutieuses recherches ont montré une telle corrélation : les particules de pollutions étant trop petites pour former des précipitations, leur très grande concentration produit un gros surplus d’énergie s’exprimant par de forts accroissements d’éclairs d’orages et de puissance des vents qui deviennent des tornades surpuissantes entre les lundis et vendredis, beaucoup moins fortes les samedis, dimanches et fériés.

Et comme les tornades concernent désormais à peu près toutes les zones géographiques planétaires…

 

Sources :

- Air pollution tried to exports : blowback causes extra day per year of ozone smog in Los Angeles, www.phys.org, 20 janvier 2014

- Recessions and health the impact of economics trends on air pollution in California, Science Daily, 12 septembre 2012

- New research may explain why serious thunderstorms and tornados are less prevalent on the weekends, www.phys.org, 22 décembre 2011

 

 

 

Opportuns contrôles

Les mécanismes naturels régulant les substances qui sont nocives en cas de concentration excessive se comptent par centaines.

Parmi eux, de simples arêtes de poissons décontaminent des sols perclus de plomb : le phosphate qu’elles contiennent s’y lie, le dissout et le transforme en pyromorphite, un cristal écologiquement inoffensif.

A Oakland, dans la baie de San Francisco, il n’a pas fallu plus de deux semaines pour que cette transformation se réalise.

Avec le réchauffement climatique, non seulement les arbres s’implantent de plus en plus haut sur les versants montagneux, mais leurs racines connaissent également un essor supplémentaire dans les sous-sols.

De ce fait, il se produit alors une dissolution accrue des roches qu’elles rencontrent : les composantes ainsi obtenues attirent le CO2 atmosphérique et le capture en un stockage naturel pouvant durer plusieurs milliers d’années.

Quant à l’Afrique subsaharienne, elle peut compter, entre autres, sur l’acacia Faidherbia Albida pour doper les cultures.

En effet, ses feuilles fixent une grande quantité d’azote atmosphérique et tombent en même temps que les graines de mil, sorgho, maïs, etc. sont semées, leur apportant ainsi des éléments nutritifs naturels, ces mêmes feuilles repoussant pendant la saison sèche, ce qui réamorce ce cycle pour l’année suivante.

100 acacias/ha multiplient par trois les récoltes par rapport à celles issues de parcelles qui en sont dépourvues.

La nature a l’habitude de résoudre tous les problèmes environnementaux survenus depuis des centaines de millions d’années : utiliser  ses technologies pour ceux provoqués par les activités humaines serait plus efficient que de recourir aux technologies « vertes », n’ayant d’autre raison d’être que de substituer un business « écologique » à un business industriel.

 

Sources :

- The roots in the mountains « acted like a thermostat », for millions of years, www.phys.org, 05 février 2014

- Fish bones used to decontaminate soil in lead-poisoned neighborhood, www.phys.org, 15 août 2011

- Scientists announce unique acacia tree’s promise to revive African soils, www.phys.org, 24 août 2009

 

Jean-Luc Ménard

 

Commentaire Blog d’un écologue : novembre 2015 - 17/12/15

Médicaments naturels efficaces

De nombreux individus d’espèces animales et végétales recourent, en toute conscience de cause, à des substances naturelles afin de faciliter la vie de leur progéniture ou la leur propre.

Par exemple, les papillons monarques femelles pondent préférentiellement leurs œufs sur les 140 espèces d’asclépiades (des plantes herbacées) dont bon nombre sont dotées, entre autres substances, de concentrations de cardénolides (des types de stéroïdes naturels) qui conduiront à la mort prématurée des parasites internes des futures chenilles.

Pour le même genre de raison, les oiseaux moqueurs, également appelés rossignols d’Amérique, accueillent avec faveur les œufs des vachers luisants (des passereaux) dans leurs nids, car ils sont porteurs d’agents chimiques efficients contre les parasites : un processus à l’avenir assuré, car, grâce au réchauffement, les vachers luisants se sont récemment répandus d’Amérique du Sud vers les Antilles et le sud de la Floride, en attendant d’autres expansions.

 

C’est à ce qui serait pour nous, humains, une ivresse mortelle que prépare pour ses larves Drosophilia Mélanogaster, une mouche de 3 à 4 millimètres de long. Plusieurs variétés de guêpes ont en effet la mauvaise manière de pondre leurs œufs dans ses larves, en vue de les dévorer de l’intérieur. C’est pourquoi cette mouche pond ses œufs sur des fruits : les larves les ingèrent, des levures et protéines les transformant en alcool (à tel point que ces larves atteignent un taux d’alcoolémie sanguin égal à 10 %). Cet alcool développe alors une puissante toxine propre à éliminer 60 % des œufs de guêpes.

Dans les agglomérations urbaines planétaires, nouveaux eldorados pour nombre d’espèces animales et végétales, roselins, moineaux, pinsons… ont bien compris le haut intérêt de récolter… des mégots de cigarettes. En effet, la nicotine qu’ils contiennent dégage des toxines suffisantes pour éloigner des nids de mites et acariens indésirables. Ils ont probablement appris cela de la plante sauvage Nicotiana, tout comme les larves des papillons sphinx qui mangent la nicotine des plants de tabac : elles l’excrètent ensuite, dispersant alors des nuages de répulsifs qui dissuadent les araignées-loups de les manger.

Les plantes, quant à elles, peuvent compter sur de nombreux micro-organismes : par exemple, les 160 espèces de trichodermes (des champignons ou des moisissures) sont souvent équipés de gènes spécialisés dans la perception des caractères sensibles du monde extérieur et alertent ainsi les plantes de maladies les menaçant, les néophytes (des bactéries ou des champignons) jouant des rôles similaires auprès des arbres.

 

Sources :

- Tobacco hornworm found to use nicotine to create « defensive halitosis », www.phys.org, 31 décembre 2012

- Le mégot, matériau de construction du moineau Mexicain, Le Monde, 29 décembre 2012

- Fruit flies medicate their larvae with alcohol, www.phys.org, 22 février 2012

- Fruit flies use alcohol as a drug to kill parasites, www.phys.org, 16 février 2012

- Monarch butterflies use medicinal plants to treat offspring for disease, www.phys.org, 11 octobre 2010

 

 

Médicaments naturels illusoires

On portrait croire les poudres de perlimpinpin, autrefois vendues comme panacées par des charlatans, reléguées aux musées des souvenirs : il n’en est rien.

Témoins les 5 000 lions et 6 000 tigres élevés en captivité, respectivement en Afrique du Sud et en Chine, dans le but principal de « soigner », entre autres, la malaria. Ou encore les 1 215 rhinocéros tués en 2014 en Afrique du Sud (contre 13 en 2007), où vivent 80 % de leur population mondiale, dont les cornes préalablement pilées acquièrent des vertus de « remèdes ». Sans parler des geckos (des lézards) qui, une fois séchés et dûment pulvérisés, « guérissent » du sida et du cancer : rien qu’à Taïwan, 15 millions d’entre eux ont été importés des Philippines, de Malaisie, d’Indonésie… de 2004 à 2012.

Un pas supplémentaire est franchi lorsque les « médicaments » sont contaminés dès avant leurs emplois. C’est par exemple le cas de nombre de plantes « médicinales » chinoises : chrysanthèmes, chèvrefeuilles, jujubes, bulbes de lys… démarrent les « traitements » percluses de 42 résidus de pesticides différents, dont 18 interdits en Europe, et 3 en Chine même.

 

Et que dire de l’empoisonnement volontaire de vautours à capuchons et de milans noirs (parmi beaucoup d’autres rapaces) pratiqué en vue de leurs captures en Afrique, sinon que l’utilisation des poudres ainsi contaminées qui en sont issues risque de soulager encore moins migraines et épilepsies. Quant à administrer de la bile d’ours pour apaiser douleurs et fièvres, on ne peut s’empêcher de rapprocher l’enfermement à cet effet de 50 000 ours noirs (rien qu’en Chine et Vietnam) du fait de leurs classements « en voie de disparition » en Asie…

 

Ces comportements humains inopportuns sont à associer à d’autres, tout aussi peu reluisants :

- Dans les parcs zoologiques et aquatiques planétaires, plus de 15 000 animaux sont tués chaque année ;

- Rien qu’aux USA, les chats de compagnie occisent 3,7 milliards d’oiseaux/an ;

- 136 pays fabriquent leur papier à partir de bois issus de forêts primaires composées d’essences rares ;

- 500 millions de poissons sont capturés annuellement pour alimenter les aquariums domestiques ;

- 350 millions d’individus appartenant à des milliers d’espèces végétales et animales font chaque année l’objet de trafics illégaux, etc.

 

90 % des espèces qui disparaissent sont victimes de ces pratiques alors que seulement 10 % de ces disparitions sont à attribuer au réchauffement, pollutions et pertes d’habitats. La nature s’adapte sans problème particulier aux changements environnementaux, mais a bien plus de mal avec les nombreuses attitudes directement prédatrices des humains… qui se gardent de les inscrire au programme d’une conférence mondiale.

 

Sources :

- Growing numbers of rhinos poached for horns in South Africa, www.phys.org, 30 août 2015

- Raptors in West and Central Africa threatened by trade for bushmeat and fetish, www.phys.org, 24 août 2015

- Les pesticides contaminent jusqu’aux plantes médicinales chinoises, Greenpeace, 04 juillet 2013,

- L’appétit asiatique pour les os de lions fait la fortune des élevages d’Afrique du Sud, Le Monde, 09 mars 2013

- Les « fermes » de tigres en Chine accusées d’alimenter un commerce clandestin pour la médecine traditionnelle, Le Monde, 27 février 2013

- Chinese scientists call for ban on bear farming, www.phys.org, 26 avril 2012

- Activists urge protection of hunted gecko species, www.phys.org, 16 novembre 2011  

 

Précoces impacts (3) : bruits de bottes

Au début du XXIIe siècle avant J.C., de faibles variations climatiques ont créé sécheresse et manque d’eau dans la région entourant l’empire akkadien qui couvrait alors les actuels Irak et Syrie.

S’en sont suivis famines, afflux de migrants, militarisation de cet empire, puis des affrontements armés qui ont conduit à l’élimination de l’empire akkadien, comme celle des migrants.

Entre 2006 et 2010, la Syrie a connu sa pire et plus longue sécheresse du XXe siècle, y  provoquant une baisse d’1/3 des récoltes, un doublement du prix des céréales, et une migration d’1,5 million de personnes des campagnes vers les villes.

Pourtant, en Syrie comme ailleurs, les problèmes environnementaux ne constituent actuellement que la seconde cause des migrations. En effet, d’ores et déjà, 60 millions de personnes sont des réfugiés de guerre, 37 millions des réfugiés environnementaux. A ce jour, 86 % d’entre eux sont accueillis par des pays pauvres ou émergents, 14 % par des pays riches.

 

Cependant, une seconde vague a commencé à s’ébranler et se déploiera sur les années qui viennent :

- 50 millions au titre de l’aridification de leurs terres ;

- 50 millions poussés à émigrer par les déplacements répétés qu’ils subissent du fait des catastrophes naturelles, notamment ouragans et inondations.

Les pollutions affectant leurs sols agricoles mènent la Chine, le Japon, les USA, l’Union Européenne, etc. à annexer plus de 70 millions de terres cultivables en Afrique, Asie et Amérique du Sud principalement, en chassant les individus qui y vivaient : ces derniers deviennent alors des migrants supplémentaires.

Le passage de 30 conflits armés en 2010 à 44 en 2013, associé d’une part à  des accroissements exponentiels d’achats et de ventes d’armes entre 2010 et 2014 et d’autre part à  des émigrations en forte augmentation - 10 000 personnes/jour en 2010, 42 000 en 2014 (soit de 3,6 ms à 15 ms/an) -,

laisse penser que l’espèce humaine s’apprête à « régler » les innombrables problèmes religieux, économiques, ethniques, environnementaux, financiers et sociaux qu’elle s’est elle-même créés par de multiples confrontations guerrières, militaires et civiles, comme elle l’a fait tant de fois durant les 10 000 dernières années.

La généralisation planétaire de ces stades suprêmes de violence est d’ores et déjà précédée de comportements de niveau moindre, mais cependant significatifs :

- Quelques dixièmes de degrés supplémentaires de température atmosphérique causent des hausses de violences domestiques (Australie…), ethniques (Europe, Asie…), criminelles (USA, Tanzanie…) ;

- Des diminutions de précipitations liées à des moussons défaillantes entraînent des augmentations de 8 % des assassinats de femmes en Inde.

A l’inverse,

- Des inondations excessives répétées au Pakistan y suscitent des accusations proférées par des djihadistes : « l’Inde a ouvert ses barrages pour noyer le Pakistan » ;

- Accumulés au fil du temps, des droits d’utiliser 5 fois plus d’eau que la quantité fournie par des précipitations satisfaisantes crée des tensions en Californie où une sécheresse sévit pour la 5e année consécutive.

La pétrodictature que devient le Canada depuis 2006 préfigure probablement le destin mondial des savoirs :

- Autodafés de plusieurs milliers de livres suite à la fermeture de 12 bibliothèques scientifiques ;

- Rideau de fer tiré entre la population et la communauté scientifique par l’obligation faite à cette dernière de soumettre leurs déclarations à un « bureau des relations avec les médias » ;

- Suppressions de dizaines de laboratoires et de centres de recherches sur le climat, l’écotoxicologie, les ressources halieutiques, la qualité de l’eau (alors que ce pays contient le plus grand nombre de lacs d’eau douce au monde)…

ect.

 

Sources :

- Lower rainfall could spark domestic violence dowry killings in India, www.phys.org, 18 juin 2015

- Did climate change help spark the Syrian war? www.phys.org, 02 mars 2015

- Far more displaced by disasters than conflict, www.phys.org, 17 septembre 2014

- California has given away rights to far more water than it has, www.phys.org, 20 août 2014

- Canada’s closure of science librairies riles researchers, www.phys.org, 11 janvier 2014

- Le Canada s’attaque à son patrimoine scientifique, Le Monde, 09 janvier 2014

- Climate strongly affects human conflict and violence worldwide, www.phys.org, 01 août 2013

- Journal urges Ottawa to stop muzzling scientists, www.phys.org, 02 mars 2012

- La désertification touche 1,5 milliard de personnes, Le Monde, 21 septembre 2011

 

Jean-Luc Ménard

 

Commentaire Vous avez dit handicap ? : proposition de participation à des ateliers - 17/09/15

Vous avez dit handicap ? : 

proposition de participation à des ateliers

 

Ateliers d’une durée de 3 heures

pour une dizaine de participants,

personnes handicapées et non handicapées.

Le 1er août au Centre Culturel les Temps du corps à Paris 10e

les 17 octobre, 31 octobre et 14 novembre 2015 au 100 ECS, Paris 12e

de 14 h 30 à 17 h 30

 

 

La démarche

Notre association Star (connue également sous le nom de la revue Les périphériques vous parlent) mène depuis plusieurs années des projets sur la participation citoyenne, la créativité collective et individuelle, l’égalité hommes/femmes, la lutte contre les discriminations, avec l’organisation d’ateliers, d’émissions radios, de publications, la production de documentaires (dont deux récemment édités sur les méthodologies de lutte contre les discriminations – aspects juridiques et discrimination à l’embauche).

Dans la continuité de nos démarches, nous souhaitons organiser des ateliers de parole et d’échange avec la participation de personnes handicapées et non handicapées.

Nous pensons que dans le handicap se joue, peut-être avant tout, une relation humaine de sensibilité, de jeux d’échanges et de miroirs interactifs, où chacun apprend des autres et apprend aux autres, de questionnements sur ce qu’est la norme, le visible et l’invisible du handicap. Le sens de notre démarche est de permettre que l’aménagement de droits puisse aller de pair avec la découverte d’espaces sensibles communs, terrains d’entente d’un vivre ensemble où les différences s’enrichissent mutuellement.

 

 

Objectifs des ateliers

 • permettre un échange réel de sensibilités, un changement de regard, un enrichissement mutuel, au-delà du normatif ;

 • offrir un espace privilégié de parole et d’entente, où les personnes handicapées partageront leurs perceptions et leurs vécus et où les personnes non handicapées pourront, en apprenant et en écoutant l’autre, le connaître tout en apprenant aussi sur eux-mêmes ;

• témoigner d’une « mémoire », d’un « vécu » à partager ;

• faire émerger le champ où la personne handicapée a pu ou a su développer une expression, un espace, des qualités, un savoir-être, un savoir-faire qui enrichit sa personne et sa relation aux autres, et lui permettre de l’exprimer sans inhibition ni honte ;

• faire surgir les raisons de certaines résistances de la part de personnes non handicapées et de libérer la parole à ce propos.

 

Cette pensée de Jean-Paul Sartre nous accompagnera lors des ateliers : « L’homme se caractérise par le dépassement d’une situation, par ce qu’il parvient à faire de ce qu’on a fait de lui. »

 

Les ateliers seront co-animés par l’association Star et Claire Merlin (psychosociologue, auteur du livre Sourde en centres d’appels, plaidoyer pour une distanciation intégrante envers les personnes en situation de handicap, consultante handicap et fondatrice de RECIT’H, structure de formation et d’accompagnement professionnel http://www.recith.fr/, administratrice de l’Adapt, http://www.ladapt.net/).

 

Nous proposons que les ateliers soient enregistrés (son et images) pour en constituer une mémoire.

 

 

Dans la suite des ateliers

Dans l’esprit des ateliers, un travail filmique à part entière (écriture, tournage, montage), auquel des extraits de ces ateliers pourront ou non être intégrés, sera mené par l’association Star pour la réalisation de courts documentaires. Ils auront pour objectif de donner à voir des questionnements, des perceptions, des postures sensibles rarement abordés dans le handicap et pour lesquelles des réflexions issues des ateliers seront une source précieuse.

 

La réalisation et la diffusion de ces films nous semblent être des bons vecteurs pour partager ensuite, auprès d’un large public, des questionnements qui nous tiennent à cœur.

 

Les personnes qui souhaitent s’associer à ce travail seront les bienvenues.

 

 

Les ateliers sont gratuits.

Pour s’inscrire ou toute information :

Tél : + 33 (0)1 40 05 05 67 ou sur

chaos@lesperipheriques.org

Le 1er août de de 14 h 30 à 17 h 30 au Centre Culturel les Temps du corps, 10 rue de l’Échiquier, 75010 Paris

Les 17 octobre, 31 octobre et 14 novembre de 14 h 30 à 17 h 30 à Paris au 100 (établissement culturel solidaire), 100, rue de Charenton, 75012 Paris

Métro : Gare de Lyon ou Ledru-Rollin, RER : Gare de Lyon, Bus : 57 et 29

Accès aux personnes à mobilité réduite

 

 

 Avec le soutien du Conseil Régional d’Île-de-France et de la Mairie de Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire Blog d’un écologue : juillet 2015 - 14/08/15

Endurance

Le traquet motteux a le poids d’un moineau sous-alimenté : 25 grammes.

Pourtant, ce passereau insectivore accomplit chaque année une migration de 29 000 kms, en en parcourant à peu près 290 chaque jour.

S’il y consacre beaucoup d’énergie, il n’en dépense aucune à construire son nid : ripicole (nichant dans des crevasses de rochers), ou terricole (occupant d’anciens terriers de lapins), il s’assure ainsi une reproduction régulière.

Les environ 2,9 millions de traquets motteux actuellement présents sur la planète vont cependant devoir peut-être modifier leurs comportements.

De même que pour d’autres espèces migratoires, le réchauffement climatique change la donne : bien des migrateurs renoncent en effet à ces coûteux voyages, car ils bénéficient désormais de conditions thermiques proches de celles qu’ils allaient auparavant chercher ailleurs.

Ces économies d’énergie se traduisent alors par des améliorations en matière de nidification, diversité nutritive, protection des oisillons, etc., même si des pathologies inédites peuvent leur poser problème.

En effet, demeurant aux mêmes lieux en permanence, ils sont parfois exposés à des virus ou des parasites qui se manifestent à des périodes durant lesquelles ils en étaient absents.

Toutefois, même si les premiers temps d’espèces devenues sédentaires se sont révélés difficiles à cet égard, des adaptations ultérieures à ces nouvelles maladies leur ont souvent permis de les surmonter et de tirer un parti globalement positif de l’arrêt des énergivores migrations.

 

Source :

Feather weight songbird is a long-distance champ, traduit en français surwww.physorg.com, 15/02/2012

  Lire la suite

Commentaire Les intervenants - 4/08/15

voir les ateliers /   la démarche  /   télécharger la version pdf 

 

Les intervenants

 

 

Patrick Saurin, employé de banque, porte-parole de Sud BPCE, membre de la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque, du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde, et du Collectif d’Audit Citoyen ; voir son blog sur Mediapart :    http://blogs.mediapart.fr/blog/patrick-saurin. Patrick Saurin est l’auteur du livre Les Prêts toxiques : une affaire d’Etat, Demopolis & CADTM, Paris 2013.
Il mène également des recherches sur le Mexique ancien ainsi que dans les champs de la poésie et de psychanalyse. Il est l’auteur de plusieurs livres et de nombreux articles sur ces sujets.

 

Rapport préliminaire de la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque

Site Web Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde

Site Web Collectif d’Audit Citoyen

 

 

Roger Lenglet, philosophe et journaliste d’investigation. Il a enseigné la philosophie et l’administration territoriale à l’université Paris-XII. Il a contribué à de nombreux lancements d’alertes : amiante, mercure dentaire, stérilisation massives de jeunes handicapés, etc.). Il est l’auteur de nombreux livres d’enquête ayant contribué à des alertes, notamment L’Affaire de la maladie de lyme, une enquête, (avec Chantal Perrin), éditions Actes Sud, 2016 ; Les Recasés de la République, (avec Jean-Luc Touly), éditions First, 2015 ; Nanotoxiques, éditions Actes Sud, 2014 ; Menaces sur nos neurones, (avec Marie Grosman), Actes Sud, 2011, réédition Babel Poche, 2014,  ; 24 h sous influences, Bourin Editeur 2013 ; Syndicats : corruption, dérives, trahisons, (avec J-L Touly), First, 2013 ; Un pouvoir sous influence – Quand les think tanks confisquent la démocratie, (avec Olivier Vilain) éditions Armand Colin, 2011 ; Lobbying et santé. Comment certains industriels font pression contre l’intérêt général, éditions Mutualité Française, 2009 ; Profession Corrupteur, éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2007 ; Les Multinationales de l’eau (avec Jean-Luc Touly), Fayard 2006 ;  Silence, on intoxique ! – Face aux lobbies, la longue bataille pour sauver notre santé, (avec André Aschieri), La Découverte 2006 ; Repenser l’offre de soin – Pour une véritable politique de santé publique, éditions Mutualité Française, 2000 ; L’Affaire de l’amiante, éditions La Découverte 1996…

Liens multimédias sur Roger Lenglet

 

 

photographie de Frédéric de BeauvoirFrédéric de Beauvoir, dirigeant d’une galerie d’art et exportateur d’œuvre d’art française aux Etats-Unis dans les années 1980 au cours de ses études en histoire et arts dramatiques, Frédéric de Beauvoir devient dans les années 1990 administrateur de compagnie de théâtre. En 1998, il rejoint la Manufacture Centre Dramatique Régional en Alsace. Il devient ensuite élu municipal en charge de la culture puis attaché parlementaire au Sénat sur les dossiers culture et multimédia.

En 2004, il s’intéresse au fonctionnement des squats artistiques et rédige le projet concret d’ouverture d’un lieu expérimental qui deviendra le 100 Etablissement Culturel Solidaire. Structure qui propose de l’accompagnement de projets culturels à destination des artistes, lieu qu’il dirige depuis. 

Site Web du 100

Page Facebook du festival Effet de C.E.R.

 

 

photographie de Julien Neiertz Julien Neiertz, consultant en accompagnement des politiques publiques et formateur, il est le co-fondateur et le principal animateur de l’association Métropop’! qui s’intéresse à la transformation des représentations de la banlieue et à l’appropriation citoyenne des enjeux du Grand Paris. Il anime à ce titre un collectif d’acteurs de la société civile métropolitaine, des ateliers avec des habitants des quartiers populaires de la métropole et des espaces démocratiques de discussion et co-production.

Site Web de Metropop’

 

 

 

Julie-Lou Dubreuilh    Julie-Lou Dubreuilh, co-fondatrice de l’association Clinamem en Seine-Saint-Denis. Ces bergers urbains ont pour but de dynamiser le territoire urbain par la promotion des pratiques paysannes en ville (élevage, écopastoralisme, permaculture, jardin-vigne…). Elle développe en équipe des projets d’agriculture au cœur de la ville. Des moutons qui paissent tranquillement en Seine-Saint-Denis ? Ce n’est pas un rêve mais leur action concrète. Ce système de gestion durable d’espaces verts grâce au pâturage en parcours permet de redécouvrir ce terroir et de recréer des connexions sociales. Une initiative écologique et poétique, créatrice de lien et plébiscitée par les habitants des différents territoires où ces bergers cultivateurs opèrent.

Site Web de Clinamen

Page facebook de Clinamen